Confronter les cinéastes d’animation Mamoru Hosoda et Hayao Miyazaki fait sens et s’avère très intéressant ; il faut dire que je venais de revoir « Mon voisin Totoro » quelques jours auparavant (voir la chronique sur mon blog) et j’avais été tentée peu après par cet opus de Mamoru Hosoda, dont j’avais vu « Le garçon et la bête » à sa sortie en 2015, qui m’avait fait forte impression.
Le parallèle s’inscrit dans leur histoire, quand on sait que le tout jeune réalisateur avait postulé auprès du Studio Ghibli, fondé par Miyazaki, sans succès, et qu’un rapprochement entre les deux autour du projet du « Château ambulant » n’avait pas non plus abouti. Deux immenses talents de l’animation japonaise qui se sont suivi sans se rencontrer.
Et cela nous donne deux imaginaires tout aussi fertiles mais distincts : si leur vision de l’animation semble, ici, au moins en apparence (1), convergente dans la description de la société japonaise (la même manière de décrire cette vie traditionnelle du Japon, écolières en uniforme, villages perdus dans la campagne), elle diffère dans la représentation du merveilleux, qui habite leurs histoires à tous les deux. Là où Miyazaki fait surgir la magie du monde réel et de la nature, comme un de ses prolongements, Hosoda construit ici des univers parallèles technologiques.
Suzu, une écolière adolescente, timide, toujours en retrait, se fait entraîner par une de ses amies dans le monde virtuel « U », qui crée à partir de ses données biométriques, un magnifique avatar, appelé « Belle », aux cheveux roses, une chanteuse merveilleuse jusqu’à captiver les internautes et à devenir une star. Le récit, qui opposait les deux faces de cette jeune fille, incapable dans le monde réel et libérée dans l’univers virtuel, va connaître une péripétie, quand elle rencontre « La bête », un des multiples avatars de cet espace virtuel. Nous allons être plongés dans ce conte illustré maintes fois, avec un dénouement bien différent ici.
Ce sont véritablement deux mondes juxtaposé dans lesquels nous sommes transportés, grâce à l’existence de la communauté « U » où chacun peut exister anonymement et qui compte plusieurs milliards d’utilisateurs (nous ne pouvons nous empêcher de penser à « Ready player one » de Steven Spielberg, 2018). Le graphisme, décors et personnages, est magnifiquement saturé de couleurs et de brillance, faisant paraître le monde réel presque terne et gris. Et c’est là d’ailleurs que se trouve le mécanisme d’attraction de cet univers artificiel, qui fait miroiter aux gens une vie plus belle en réalité augmentée, métaphore de ce qui se passe aussi dans notre monde à nous.
Le cinéaste porte un regard nuancé sur ces réseaux sociaux, qui peuvent parfois libérer des contraintes pour le meilleur, nous le verrons ici, mais aussi pour le pire, comme il le signale en décrivant avec beaucoup de justesse les opinions grégaires ou les torrents de haine anonymes (2).
Il lance ici une invitation à ne pas se laisser abuser par l’apparence extérieure pour se construire une vraie personnalité.
Je garderai longtemps en tête ce magnifique passage où Belle chante avec des baleines, merveilleux passage.
J’ai beaucoup aimé.
FB
(1) Si la famille est un pilier chez les deux cinéastes, celles décrites ici par Hosoda sont nettement plus dysfonctionnelles (mère décédée, père violent).
(2) je viens de lire qu’une jeune influenceuse japonaise venait de se donner la mort en direct, devant des avalanches de commentaires négatifs, parce qu’elle avait osé lancer un bouquet de fleurs à son chanteur favori lors d’un concert…).
