Cinéma – Manuela MARTELLI : Dégel (2026)

Chili, 1992. Ines, une petite fille d’une dizaine d’années, passe l’hiver à la montagne, dans l’Hôtel du volcan, tenu par sa grand-mère, pendant que ses parents assistent à l’Exposition Universelle de Séville, en Espagne. Elle va faire la connaissance de Hannah, une skieuse allemande, venue s’entraîner avec son entraîneur et d’autres athlètes et s’attacher à cette adolescente de quatorze ans. Lorsque cette dernière disparaît, Ines va s’intéresser de près aux recherches.

Ce qui aurait pu n’être qu’une simple histoire à suspense, se transforme assez vite en autre chose. Dès le générique, la musique minimaliste et lancinante de la batteuse/chanteuse brésilienne Maria Portugal, laisse planer un malaise sourd. La scène d’ouverture qui voit du sang s’écouler dans une bonde de lavabo, quand Ines perd une dent de lait, va dans le même sens. La réalisatrice ajoute, peut-être inconsciemment, des scènes dans des couloirs qui rappellent le film « Shining » (Stanley Kubrick, 1980) et renforcent notre inconfort. Semble planer sur le film l’ombre glaçante des vingt ans de dictature d’Augusto Pinochet (près de 40 000 victimes recensées, dont plus de 3000 morts), qui viennent de s’achever. La présence de militaires sanglés dans leurs uniformes kaki, venus rechercher la disparue, en est un rappel qui nous met mal à l’aise également.

Et cette impression va se renforcer au fil du récit. La petite fille porte son profond regard brun sur le monde alentour, vigie silencieuse la plupart du temps, pour constater les mécanismes de défense de sa famille, face à cette disparition abrupte. Aucun ne veut être pris dans ce qu’ils imaginent une nasse de l’ancien temps, réminiscence de la période étouffante qu’ils viennent de vivre. En notation personnelle, je ne peux que comprendre cette attitude au vu de mon expérience en Chine, où l’on nous recommandait de ne pas nous mêler d’un faits divers ou d’un accident dont nous serions témoins, au risque de devenir le coupable. Car, dans ces régimes autoritaires, en cas de désordre à l’ordre public, il faut rechercher un responsable et le punir.

Il y a ici tout un jeu entre le dedans et le dehors, portes et fenêtres deviennent des objets de transition qui permettent de s’enfermer dans un confort abrité de l’extérieur ou d’ouvrir sur des réalités parfois dérangeantes. La réalisatrice multiplie les plans de miroirs, de coups d’œil à travers des vitres, de portes qui ne se ferment pas tout à fait, de clés que l’on dérobe pour aller voir l’interdit.

Dans sa mise en scène, elle convoque également la lumière, qu’elle travaille magnifiquement au travers des scènes. Tout est pensé pour donner poids et existence aux personnages.

J’ai adoré la jeune actrice principale.

Un film intéressant, que je recommande.

FB