Cinéma – Cole WEBLEY : Sur la route d’Omaha (2026)

Oeuvre minimaliste, en forme de drame existentiel abrupt, ce film américain indépendant vous prend à la gorge et ne vous lâche plus.

Dans une petite ville des États-Unis, un père prend la route avec Ella, 9 ans, et Charlie, 6 ans. L’irruption d’une représentante de la police près de leur domicile au moment de leur départ nous fait comprendre qu’il est expulsé de sa maison et nous apprendrons ensuite que sa femme est décédée suite à une maladie. Cet homme va se lancer avec sa progéniture dans un voyage au long cours vers la ville d’Omaha, destination dont le choix restera mystérieux jusqu’à la fin du film (et que je ne vous révèlerai pas, bien sûr).

Si Cole Webley a choisi un sujet difficile pour son premier long-métrage, c’est qu’il lui permet de brosser un portrait d’une certaine société américaine actuelle au travers de ce road movie qui nous emmène sur plus de mille kilomètres depuis l’Utah jusqu’au Nebraska. Traversant des paysages somptueux, qu’ils soient urbains ou champêtres (le réalisateur étant également directeur de la photographie), noria de camions sur l’autoroute, éoliennes en batterie, innombrables wagons sur voies de garage et autres nous décrivent une Amérique industrielle en pleine expansion ; mais qui sait également exclure sans pitié de « l’american way of life » ceux que la vie fait trébucher.

Par petites notations, il nous fait voir la déchéance financière de ce père, qui compte son argent ou se prive de nourriture, qui conduit une voiture qui a connu des jours meilleurs, peine à démarrer et est rongée par la rouille. Car ce qui compte pour lui, c’est de satisfaire ses enfants, les faire manger et dormir correctement ou leur offrir de petits plaisirs comme une glace ou un tour au zoo, quitte à se sacrifier. Ce film noir est éclairé par la chaleur des relations entre les personnages, décrites de manière très juste, la solidarité entre les deux enfants, le bonheur du père lorsqu’il voit ses enfants heureux (ah, la magnifique scène du zoo).

Aux moments lumineux plein de bonheur succèdent des épisodes de grande détresse, en forme de montagnes russes. Car quand cet homme se retrouve seul, ses défenses s’effondrent, nous le voyons accablé d’un poids trop lourd pour lui, il invoque sa femme, il ne sait plus comment s’en sortir et où chercher de l’aide ; ce qu’il se résoudra à faire (« I think I will need some help », dit-il à une employée d’un hôpital à la fin du film, sûrement la phrase la plus déchirante du film). Ce personnage tout en nuances est bien loin de cet idéal de l’homme fort, qui domine ses émotions, tel que la culture essaye de nous l’imposer, bien loin des théories masculinistes qui fleurissent actuellement.

Prix du jury à Deauville, cette oeuvre, portée par des comédiens épatants, est extrêmement poignante (en plus de John Magaro, très émouvant, il faut citer l’époustouflante Molly Belle Wright, cette petite fille qui devient adulte plus rapidement que prévu). A recommander.

Je retiendrai de ces trois leurs sourires irrésistibles, ainsi que leur détresse profonde, qui m’ont beaucoup marquée.

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