J’ai fait cet été un très beau voyage itinérant à rebrousse-tendance des routes habituelles de l’été, pour rallier l’Allemagne du nord, le long de la Baltique en frôlant le Danemark. Je voulais parcourir les villes dites hanséatiques, qui ont créé au XIIe siècle une guilde de marchands (la «Hanse»), ouvrant peu à peu une voie maritime commerciale jusqu’à Novgorod en Russie à l’est, ralliant la Norvège (Bergen) au nord, les Pays-Bas (Bruges) et l’Angleterre (Londres) à l’ouest, les quatre principaux «comptoirs» de la guilde. Cette connexion permet aux biens venus de l’Asie d’atteindre l’Europe, épices, fourrures de Russie, parfums et fruits exotiques, entre autres. Les conditions de voyage sont précaires, naufrages, attaques d’autochtones, bien des risques qui déciment ces aventureux marchands. Mais ils continuent, l’appât du gain est trop fort ; ils fondent ainsi la première étape du capitalisme et de la mondialisation. Sans compter que leur exploration s’accompagne d’une évangélisation parfois brutale, ils répandent le christianisme dans ces contrées lointaines du nord comme une colonisation dont on parle peu (comparée à celle des conquistadors espagnols ou portugais du XVIe siècle). Le mouvement déclinera à partir du XVIe siècle pour s’achever en 1669, à la fin de la Guerre de trente ans, asphixié par ce conflit interminable.
Cette période florissante de quelques siècles a permis à ces marchands de s’enrichir et d’embellir leurs villes.
Lübeck est l’une d’entre elles, modeste cité d’un peu plus de 200 000 habitants maintenant, nichée au creux des rivières Wakenitz et Trave, qui se jetteront bientôt dans la Baltique, à moins de 20 kilomètres de là, et à l’aplomb du Danemark. Son patrimoine architectural lui a valu d’être classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987.
Dès mon arrivée, j’ai senti une paix et un bien-être inédits. J’ai retrouvé les ciels marbrés de nuages, qui m’avaient tant manqué lors des épisodes de canicule à Paris, où le ciel bleu cobalt sans nuage nous renvoyait à une ville sous chape de plomb, étouffante.
Le premier matin, j’ai vu surgir une beauté paisible partout alentour. Dans ces façades blanches ou briques qui jalonnent les rues au fur et à mesure de la promenade, une harmonie qui faisait naître en moi comme une jubilation. Celle du voyageur qui sait qu’il a choisi le bon endroit.
Ce sont des maisons de marchands, à l’architecture qui rappelle les Pays-Bas, le fronton était souvent orné d’un système de poulie qui permettait de transporter les précieuses denrées dans les greniers, pendant que les étages inférieurs servaient de boutique et d’habitat. Par manque de carrières de pierre à portée de transport, elles sont faites de briques, qui déclinent leurs couleurs de l’orange le plus parfait jusqu’au brun sombre, captant la lumière du soleil en un rougeoiement incandescent (j’ai pensé à ma belle ville de Toulouse). Le très intéressant Musée de la Hanse, pédagogique et interactif vous apprendra tout sur ce sujet, mais il vous faudra une immersion dans le dédale des rues, en guise de travaux pratiques, pour mesurer tout ce charme ancestral.

Près de ces maisons, qui se tiennent là, comme des vigies venues de l’ancien temps, se confortant les unes les autres, se trouve Holstentor, la porte qui fermait la ville vers l’ouest, bâtie au XVIe siècle, dans une architecture tout à fait inédite, deux tours en forme de chapeau de sorcière, lisses de leurs ardoises adroitement agencées, surplombant ce bâtiment tout de briques sombres et de fenêtres innombrables.
Les églises sont magnifiques, Église Sainte-Marie, Église Sainte-Catherine et Cathédrale, rivalisent d’une beauté austère, nous ramenant à la ferveur religieuse de l’époque.
Et la ville est encore plus belle vue d’en haut.

Au coeur de la cité, de petites ruelles, à l’entrée presque indiscernable, abritent de charmantes petites maisons. Ces habitats sociaux construits depuis le XVIIe siècle, sont des havres de paix que l’on rêverait d’habiter.
Il ne faut pas manquer de voir le retable de Hans Memling (XVe siècle) au Museumsquartier St. Annen, chef d’œuvre de ce peintre talentueux.

Lübeck, c’est également une ville entourée de canaux, qui ouvrent sur la vaste Mer Baltique. Un réseau de voies fluviales, qu’il fait bon parcourir en bateau, enserrent cette cité en forme d’amande. Des mini-croisières (ou maxi pour les plus aventureux) vous emmènent à la découverte de ces sinuosités aqueuses, avec commentaires en allemand (mais bon, je n’en ai pas eu besoin, il suffisait de regarder).
Ce petit périple vous donne un aperçu inédit sur les monuments dont vous aviez du mal à affronter la hauteur dans les rues étroites et sinueuses de la ville.

Nous sommes ainsi partis, dans cette langueur ensoleillée, bercée par le clapotis des flots, à la découverte de ces petits embranchements presque cachés, qui abritent de sommaires abris de vacances, de ceux où l’on peut amarrer un véhicule aquatique le temps d’un week-end pour cultiver plantes et légumes, paresser dans le soleil d’été, en faire provision en prévention du froid glacial qui s’abattra sur la ville l’hiver venu.

Cette ville m’a saisie par sa beauté, la gentillesse des habitants, le sentiment de sécurité qui émanait de tous les lieux. Elle a pris place dans mon hit-parade des plus beaux endroits où je me suis aventurée.
Et je garde mon plus beau cliché pour la fin.
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