En 1981, quand John Boorman se lance dans ce grand projet à partir de l’ouvrage du XVe siècle « Le morte d’Arthur » de John Mallory, il va ouvrir la voie à un genre cinématographique nouveau, celui dit « heroic fantasy ».
Dans un long format rare pour l’époque, il nous entraîne dans le fracas de la légende du roi Arthur et de son épée Excalibur. L’histoire s’ouvre sur la destinée tragique d’Uter Pendragon et s’achèvera par l’affrontement à mort d’Arthur et de son fils Mordred. Entre temps, plus de deux heures d’une épopée à la fois flamboyante et ténébreuse, où le Destin viendra exiger de la part de chacun un sacrifice à la hauteur des crimes commis. Car adultères, trahisons, meurtres, inceste et magie noire jalonnent ce récit, dans cet Âge mythique fait de bruit et de fureur, où s’enfante un roi bâtard. Seul Perceval, le chevalier au coeur pur, sera assez intègre pour approcher la relique sacrée du Graal.
La musique de Richard Wagner (Parsifal, Tristan und Isolde, Siegfried) et les chœurs guerriers de Carmina Burana (Carl Orff) enveloppent cette histoire de leur mélancolie tragique. La caméra du réalisateur s’enfonce dans l’obscurité des châteaux et des forêts ou au coeur des batailles rudes, pour suivre le destin de ces chevaliers et magiciens aux âmes tourmentées.
Bien sûr, peu d’effets spéciaux ici, quelques mises en scène qui peuvent maintenant nous paraître maladroites au vu des progrès réalisés depuis dans ce domaine, mais comment oublier certains passages d’une grande beauté onirique, comme celui où Excalibur surgit de l’onde d’un lac porté par une main féminine gantée d’écailles de diamant.
Ce film a laissé une longue filiation, bien des réalisateurs y ont puisé leur inspiration ou lui ont rendu hommage, comme Peter Jackson dans « Le Seigneur des anneaux » (la bataille du Gouffre de Helm ou le personnage d’Aragorn), ou plus récemment Steven Spielberg dans « Ready player one » (l’incantation magique de Merlin).
On lui doit aussi la révélation d’acteurs/actrices anglais(es) de premier plan, comme Helen Mirren, Liam Neeson ou Gabriel Byrne, qui font ici leurs débuts au côté de certains vétérans comme le regretté Patrick Stewart, décédé récemment mais aussi d’une partie des enfants du réalisateur, Telsche, Katrine et Charley ; cette distribution a priori hétéroclite s’avère être une conjugaison de talents multiples qui réussit à nous emporter dans son sillage.
A voir ou à revoir.
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