Cinéma – Robert GUEDIGUIAN : Une femme aujourd’hui (2026)

Juliette 30 ans, file dans les rues de Marseille, sur sa trottinette, casque sur les oreilles, vêtements à la mode, pour rejoindre l’entreprise d’investissement financier où elle travaille. Propriétaire d’une belle et grande maison moderne, c’est une jeune femme qui a réussi sur le plan professionnel et mène une vie sans attaches sérieuses, jalonnée de quelques brèves aventures, ce qui a eu pour conséquence de creuser un écart avec sa famille, plus modeste. Une agression subie un soir de la part d’un collègue, va la conduire à remettre profondément en question sa vie.

A l’instar de Jim Jarmusch dans le récent « Father, mother sister, brother » (2026), Robert Guédiguian s’interroge sur les arcanes du fonctionnement intergénérationnel au sein de la famille, qui balance entre conformité et rejet. A force de vouloir ressembler à l’idéal que ses parents ont construit pour elle, Juliette ne trouve plus sa place, comme elle le dit, dans le cercle familial ; tout devient malentendu ou blessure réciproques. Il faudra des traumatismes parallèles, touchant la mère et la fille, pour que chacun sorte de sa représentation figée de l’autre. A ces destins de femmes répondent ceux de réfugiées, croisées par Juliette, mineures et enceintes, qui elles aussi reconstruisent leur vie dans un autre pays. Toutes, Juliette, sa mère et ces jeunes femmes sont une facette de cette « femme aujourd’hui ».

Ce conte, tragique parfois mais teinté de beaucoup d’humour le plus souvent, est traversé de notations politiques. Car sous couvert d’un récit que l’on pourrait qualifier de romantique, Robert Guédiguian, homme de convictions tel que nous le connaissons, égratigne en fines lignes l’injustice sociale, quand il décrit cette entreprise prête à faire un chèque à une victime de viol pour étouffer le problème, ces mineures à la dérive, seules avec leurs bébés, ces réminiscences de Guerre d’Algérie qui nourrissent une haine de l’immigration.

Le cinéaste s’entoure de sa troupe habituelle, Ariane Ascaride, bien sûr, Jean-Pierre Darroussin dans un rôle ambigu à souhait, Gérard Meylan et Grégoire Leprince-Ringuet qui les a rejoints depuis 2009 ; Jacques Boudet, disparu en 2024, est là aussi, en forme de portrait au mur, comme pour dire une camaraderie si forte que même la mort ne peut en distendre les liens. Marilou Aussilloux est remarquable de justesse en Juliette.

Et c’est encore ici un hommage à la Mer Méditerranée, chère au coeur du réalisateur, dont les images ouvrent et ferment le film et dont le bleu influence jusqu’aux vêtements et aux constructions, et à cette lumière du sud qui éclabousse les scènes de son ardente clarté.

C’est un film lumineux au grand coeur, que je vous recommande.

FB