On ne présente plus Hayao Miyazaki, cet immense réalisateur de films animés japonais, fondateur En 1985 du Studio Ghibli (littéralement le « vent de renouveau » qu’il veut faire souffler sur l’animation japonaise, tout un programme, pari tenu !). Après un parcours dans différents studios, il réalise son premier long-métrage en 1979 (« Le château de Cagliostro ») et continue à nous donner des chefs-d’œuvre jusqu’en 2023, à l’âge de 82 ans (« Le garçon et le héron »). Il pensait se retirer en 2013, heureusement pour nous, il ne l’a pas fait, espérons qu’il pourra encore nous enchanter.
Je me rends compte que je n’ai jamais écrit sur ce réalisateur, alors que j’ai été transportée par tous ses films, « Le château ambulant » (2004) restant mon préféré, sûrement parce que c’est le premier que j’ai vu. Mais j’ai également un souvenir très personnel de « Ponyo sur la falaise » (2008) que j’ai pu voir en Chine, à un moment où les contraintes multiples générées par l’épidémie de Covid-19 s’étaient desserrées (1).
Ici, un père s’installe avec ses deux filles, Satsuki et Mei, dans une vieille maison à la campagne (nous comprendrons plus tard que la mère est à l’hôpital). Les deux petites découvrent un immense camphrier à côté de leur nouveau logis, ainsi que des choses étranges qui se passent à l’intérieur de la maison, notamment des fantômes de suie sinuant le long des murs (irrésistibles petites boules noires dotées d’yeux qui s’enfuient dans les fissures). Loin d’avoir peur, elles s’approprient les lieux et leurs « dangers », sous l’œil indulgent et approbateur des adultes.
Dès le générique, nous voyons des bêtes de l’ombre, que nous redoutons plutôt, perce-oreille, araignée, ver, grouillent sous les pas des enfants (j’en profite pour vous dire qu’il faut voir les deux génériques, début et fin, car ils sont partie intégrante du film) ; le ton est donné, la nature est là, partout autour de l’Homme, il faut composer avec elle plutôt que contre elle.
Ce nouveau lieu de vie va s’avérer très excitant pour les deux jeunes filles. Après avoir été ravies que leur maison puisse être hantée, elles partent à la découverte des alentours. Mei, la cadette (qui doit avoir six ans au plus), la plus aventureuse, va faire la rencontre tout à fait inédite de trois totoros, figures iréelles, au croisement d’un raton-laveur et d’une chouette.
Le cinéaste sait parfaitement restituer l’enfance, cette période où l’on n’a peur de rien, où tout est ravissement, tétards, glands surgis mystérieusement d’on ne sait où, tunnel de feuilles obscur, où la plus grande patience peut succéder à une impatience toute aussi grande, où l’on peut pleurer de désespoir et la minute d’après s’enthousiasmer pour un rien. Il sait d’ailleurs construire une différence subtile entre Satsuki, presque une jeune fille, qui commence à en prendre les aspects raisonnables tout en oscillant encore vers ce monde déjà perdu de la petite enfance et Mei, pour qui le monde est encore magie et mystère.
Moins spectaculaire que d’autre opus, plus guerriers (« Princesse Mononoké », « Nausicaa », « Le château ambulant », « Le château dans le ciel » ou encore « Porco rosso »), ce film est délicieux et bien en accord avec les valeurs du cinéaste, la nature que même la plus extrême des conquêtes de la science ne parviendra pas à circonscrire, pour que nous puissions continuer à nous émerveiller devant sa puissance. Se mêle aussi ici l’importance de la famille et des traditions, comme des racines qui nous créent un fondement inébranlable.
Ce cinéaste est quelque part un anti-Disney, qui s’est emparé de bien des contes des Frères Grimm (Cendrillon, Blanche-Neige, La belle au bois dormant, Raiponce), pour en donner une version édulcorée, gommant toute la violence qui habite ces récits. Dans l’œuvre de Miyazaki, l’enfance est une confrontation au monde dans tous ses aspects, sans filtre.
Bien sûr que j’ai adoré.
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(1) Pour ceux que cela intéresse, voir multiples articles sur mon blog, relatant quatre ans de vie à Pékin à l’ère du Covid-19 (2020-2024).
- l’anti Disney, comme s’il reconstruisait les Frères Grimm
- Satsuki et Mei – garçon : Kant
- mère malade comme Yoshiko, la mère de Miyazaki

Tu dis Hanao ? Ordinairement, on prononce plutôt Hayao Miyazaki. Mais peut-être que les deux sont valables.
En tout cas, ton article m’a ému. « Mon Voisin Totoro » est le premier Miyazaki que j’ai vu, prêté dans les années 90 par un copain sur une VHS enregistrée en vost sur Canal+. C’est aussi le premier que mes enfants ont vu (en vost, ma fille encore trop jeune pour lire les sous-titres chantait le générique phonétiquement, elle a appris le japonais depuis). Puis revu au ciné lors d’une ressortie en montage intégral, puis revu en DVD,… Et je me rends compte que je n’ai jamais écrit une ligne sur ce film magnifique.
Je crois que Totoro était sorti au Japon en même temps que « le tombeau des lucioles » de Takahata, deux histoires de petites filles qui se réfugient dans l’imaginaire pour échapper aux brûlures du réel. Le parallèle entre Mei et Setsuko (la petite fille des lucioles) est assez cruel néanmoins.
Merci pour ce texte aussi moelleux qu’empreint de nostalgie.
Oups, erreur corrigée, merci de ta vigilance, il s’appelle Hayao désormais 😉
Et merci pour ton commentaire, je vois que nous avons vécu la même expérience avec ce réalisateur, c’est le premier film visionné qui nous a le plus marqué (pour moi « le château ambulant »), car au-delà des singularités de chaque film, chacun nous fait entrer dans un univers unique, magnifique et cohérent.