When people say you’re not my kind
And that your clothes are out of line
And that your hair isn’t combed all the time
You’re not real pretty, but you’re mine
We have a great big old society
That won’t make room for folks like you and me
But I got some real sad news for them, my friend
They’re on the outside looking in
Sonny & Cher « But you’re mine »
Paul Thomas Anderson a le don de nous faire voyager d’un univers à l’autre, nous entraînant par exemple dans les coulisses de l’industrie du film pornographique (« Boogie nights »), à la découverte d’une maison de haute couture à Londres (« Phantom thread »), dans les vastes étendues de l’Ouest américain au moment de sa conquête (« There will be blood ») ou encore plus récemment dans les États-Unis d’aujourd’hui confrontés à l’immigration illégale (« Une bataille après l’autre »).
C’est un cinéaste qui prend son temps (dix longs-métrages en trente ans) pour construire des récits presque parfaits dans leur cohérence de style – décors, costumes, atmosphères très étudiés- auxquels il donne une ampleur proportionnelle à leur durée de gestation, la majorité des opus dépassant les deux heures.
Et cette relation particulière au temps, nous la retrouvons dans sa manière de filmer, en de longs plans séquence, où la caméra sinueuse suit les personnages principaux dans leurs cheminements et leurs interactions avec les autres ; se crée ainsi une fluidité naturelle du récit, qui à la fois renforce notre proximité aux protagonistes et imprime un dynamisme cinétique à l’histoire. En quelques minutes, nous sommes plongés au coeur de l’intrigue.
Nous sommes dans les années 1970 à Los Angeles, les riffs des Doors électrisent Hollywood Boulevard, l’homme a marché sur la lune et David Bowie se demande d’une voix rêveuse s’il y a de la vie sur Mars. Mais derrière la façade ensoleillée de la Cité des Anges, les Etats-Unis s’enfoncent dans une grave crise politique mettant en cause le Président lui-même (le « Watergate ») et l’économie dévisse. C’est dans ce contexte qu’Alana, 25 ans, fait la connaissance de Gary, un étudiant de 15 ans, lors d’un shooting de photos de classe (elle travaille pour le photographe), rencontre improbable s’il en est. En quelques minutes, la connexion se fait entre eux. Le film va se centrer sur cette relation et son évolution.
Pour incarner les deux protagonistes principaux, le cinéaste n’a pas fait appel à des têtes d’affiche du cinéma, Alana Haïm, qui fait une carrière de chanteuse, joue Alana et Gary est interprété par Cooper Hoffman, le fils de Philippe Seymour Hoffman (sûrement un hommage à cet acteur qui est apparu dans cinq des films du réalisateur). Ils en sont d’autant plus réels et vrais. Quelques « vétérans » du métier les accompagnent, Sean Penn, qui incarne avec jubilation un alter-ego d’un William Holden vieillissant (le nom de son personnage « Jack Holden » laisse peu de doutes 😉), Tom Waits en réalisateur déjanté et Bradley Cooper, plus vrai que nature en boyfriend de Barbra Streisand. Avec cet art du metteur en scène pour faire exister des personnages secondaires hauts en couleur en quelques scènes à peine.
Comme pris dans des trajectoires aimantées, attraction/répulsion, Alana et Gary se cherchent, se disputent, prennent le large pour vivre des relations amoureuses, finalement avortées, se retrouvent dans un mouvement qui les emporte dans des courses éperdues au long de la ville, pour fuir ou se revenir. Telles des planètes contraires en orbite l’une autour de l’autre.
Ils apprennent en même temps à construire leur vie en tournant le dos à la conformité de leur milieu pour se recréer une communauté affective bien à eux. Et c’est ici un des messages principaux du film, ne pas avoir peur de rechercher sa liberté dans la remise en question de l’ordre social établi ; en cela, Alana et Gary rejoignent bien d’autres héros mis en scène par l’auteur, qu’il s’agisse d’Eddie Adams (« Boogie nights »), d’Alma (« Phantom thread ») ou encore de Barry Egan (« Punch-drunk love »), eux aussi trouver leur voie en bousculant leur environnement.
Remarquable.
FB
