Ceci est l’actualisation d’un article écrit en 2015.
Voici un petit bijou d’humour, que je ne me lasse pas de visionner, et qui m’enchante à chaque fois. Bien sûr, il faut passer outre la bande-son, animée par un saxophone sirupeux, tel qu’on les aimait dans les années 1980/1990 et l’esthétique des costumes, qui semble tout droits sortis d’un clip de « Wham ».
On ne présente plus Blake Edwards, ce cinéaste américain qui, reprenant le flambeau de la comédie (souvent romantique), à la suite d’Ernst Lubitsch et de Frank Capra (dont les derniers opus datent respectivement de 1948 et de 1961, quand Blake Edwards commence sa carrière en 1955), nous a donné des chefs d’œuvre tels que « Diamants sur canapé » (1961) « La party » (1968), ou plus près de nous « Victor Victoria » (1982). Dans le présent opus, qu’il réalise à l’âge de 62 ans, il nous montre qu’il est toujours au faîte de son talent.
Le scénario s’appuie sur une idée simple et géniale dans le développement que va en donner le réalisateur. Walter (Bruce Willis) golden boy célibataire, doit trouver une femme pour l’accompagner à un dîner donné par son patron en l’honneur d’un important client japonais. Pris de court, il accepte l’offre de son frère et invite Nadia (Kim Badinter) qui s’avère être une magnifique jeune femme. Mais il y a un hic- c’est le cas de le dire 😉) et il est de taille, elle ne doit pas boire d’alcool. Tombé sous son charme, Walter oublie cette précaution et lui offre du champagne… Et c’est parti !
Oui c’est parti pour assister à un film jubilatoire construit en deux temps (oui parce que ce réalisateur sait structurer ses films au cordeau).
La première partie nous décrit la soirée, avec toutes ses péripéties, comme une montée en puissance vers le burlesque le plus débridé – nous pensons au déjà cité « The party », bien sûr, mais aussi à « After hours » de Martin Scorsese, réalisé à la même époque (1985). C’est comme une montée de tension vers une réaction en chaîne non maîtrisée, où tout s’affole pour contribuer à la destruction de l’univers de Walter, ce cadre de Wall Street en plein ascension.
Le second épisode, au contraire du premier, qui nous promenait de fête en fête, se passe dans un lieu unique, la maison des parents de David que Nadia doit épouser. Walter, bien décidé à la reconquérir, fait irruption dans cette riche propriété et sème le désordre. Après la démesure de la première période, nous sommes ici dans un comique plus ramassé, fait de courses poursuites à travers cette grande maison, de portes qui claquent, de personnages qui se croisent sans se rencontrer, dans la plus grande tradition du cinéma muet et du slapstick (Buster Keaton n’est pas loin). Blake Edwards a un don particulier pour faire jaillir l’absurde de situations presque quotidiennes et de personnages juste un tout petit peu exagérés (la mère du prétendant qui joue au golf jusque dans sa chambre à coucher, le majordome qui montre ses fesses au chien pour le calmer, le mari flegmatique et absent en toute occasion…). Tout se passe comme si Walter était le seul personnage que nous pourrions qualifier de normal, tous les autres nous donnant à voir un surprenant étalage de bizarreries, qui culmine avec le prétendant, psychiatre et psychopathe à la fois.
Nous retrouvons ici le réalisateur dans ses antiennes, un humour multiforme teinté de social, qui égratigne aussi bien les golden boys que la bourgeoisie traditionnelle, avec un coup de griffe particulier envers les psychiatres, bien plus fous que leurs patients.
Les deux acteurs sont excellents. Bruce Willis, juste sorti de la série « Clair de lune », qui l’a fait connaître du grand public, enchaînera l’année suivante avec le premier opus de « Die hard », où avec une tonne de muscles en plus et toujours le même humour, il incarnera l’irréductible John Mc Clane. Kim Basinger lui donne la réplique avec beaucoup de talent. Il faut aussi mentionner un troisième sbire, le désopilant John Larroquette, dans le rôle du psychiatre.
Je recommande vivement.
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