Cinéma – György Pálfi : Cocotte (2025)

« κουάξ κουάξ« 
(Cocotte in « Cocotte », traduction : « Cot cot »)

Dimanche dernier, « L’archipel » un des cinémas d’art et d’essai du boulevard de Strasbourg à Paris, donnait ce film dont je ne connaissais rien (mais je fais confiance à la programmation de cette salle, toujours intéressante).

L’argument m’avait intriguée, une histoire située dans le monde réel dont l’héroïne était une poule, oui un vrai animal au magnifique plumage noir, nommée avec une grand originalité « Cocotte » au générique (dans le film, on ne l’appelle pas, elle n’a pas de nom). Au début du film, qui se passe en Grèce, cette poule s’enfuit d’un poulailler en batterie (ou plutôt échappe au rôle principal dans un ragoût, suite à sa mise au rebut du fait de sa couleur). Après divers épisodes tragico-comiques, qui la confrontent à la violence des animaux (un renard, premier prédateur rencontré et évident) et des hommes (plus étrange, un face-à-face entre manifestants et policiers, situation explosive dont notre poulette se carapate le plus loin possible de toute la vitesse de ses petites pattes), elle se retrouve emportée par un chien dans une propriété peuplée de personnes douteuses, voire plus.

Tout cela paraît tout à fait étrange au premier abord ; mais il suffit de regarder la filmographie de l’auteur, un cinéaste hongrois, pour comprendre que c’est au diapason de ses autres opus : entre un film avec un cochon pour héros (« Hic » 2002), un autre où il met bout à bout de courtes scènes de 450 films célèbres pour décrire une histoire d’amour (« Final cut« , 2012), sans compter une variation horrifique sur la taxidermie (et le film s’appelle… « Taxidermie« !, 2006). Et ces films plaisent, puisqu’ils sont régulièrement sélectionnés et récompensés dans de nombreux festivals.

Dans un tel contexte, choisir une poule comme personnage principal est presque banal.

Evidemment, nous cherchons le parti-pris, qui se révèle assez rapidement, il s’agit a priori de confronter l’innocence de l’héroïne aux desseins les plus noirs des humains (trafic, y compris d’êtres humains, meurtre…), soulignés d’un humour noir parfois trash. Malheureusement, le concept a du mal à s’installer, le lien entre les personnages restant assez classique (à l’exception d’un épisode malheureux avec un ventilateur), l’homme nourrit la poule et il lui prend ses oeufs, les interactions principales se résument à cela. La poule a beau balader son oeil aigu sur le monde qui l’entoure, elle n’en fait pas grand chose.

Reste une remarquable actrice, à la forme olympique (elle court souvent) et aux intuitions parfois très à-propos, dont nous suivons les aventures finalement sans déplaisir (l’auteur nous gratifie par ailleurs d’histoires d’amour torrides qu’elle assume avec brio) ; je voudrais faire une mention spéciale aux assistants qui ont patiemment répandu de la nourriture pour baliser les chemins qu’elle devait prendre (et qu’on ne soupçonne presque pas 😉).

En examen de conscience final, je ne peux pas dire que je n’ai pas apprécié ce film ; mais je ne peux pas dire non plus que je l’ai apprécié… Je reste au milieu du gué, dans une incertitude inédite, devant ce film tout à fait spécial, qui me restera en mémoire.

FB

En salle actuellement mais dépêchez-vous.