Littérature – Jack LONDON : Construire un feu (1906-1908)

L’auteur en 1903

Étoile filante au ciel des auteurs incontournables, Jack London (1876-1916) fait partie de ces écrivains vagabonds qui me fascinent depuis toujours, à l’instar de George Orwell, de Joseph Kessel, d’Herman Melville ou de Robert-Louis Stevenson. Baroudeurs d’un monde d’avant où voyager hors des limites connues relevait de la vraie aventure, telle que nous ne la connaîtrons plus aujourd’hui, maintenant que compagnies aériennes, parfois low cost, autoroutes et multiples voies ferrées ont rapproché tous les territoires, dans une unité qui ne permet presque plus la découverte. « J’ai fait la Thaïlande cet été », voilà une phrase de notre temps qui va à l’encontre de ces pionniers, qui construisaient leur itinéraire dans l’affrontement à un monde souvent inconnu et inconfortable.

De Jack London, je n’ai pas lu grand chose enfant, c’était de mon temps un écrivain plutôt réservé aux garçons, tous ces romans très masculins, emplis de chiens fidèles et d’explorations extrêmes (il n’y avait pas de princesse, donc pas pour les filles, CQFD – j’avoue humblement avoir dérogé à ce diktat de genre, quand je m’ennuyais fortement dans la maison de mes grands-parents, et que j’ai mis la main sur la collection intégrale des livres de Jules Verne, que j’ai dévorée). Mais cet auteur baroudeur, je ne l’ai découvert que plus tard, avec deux livres qui m’ont marquée (à vie, presque) : « Martin Eden » (1909) et « John Barleycorn » (1913), deux romans autobiographiques tourmentés, où l’auteur se livre à nous sans fard, sur sa difficulté à se faire une vie et son alcoolisme.

Né aux Etats-Unis, traînant une enfance bien difficile, l’auteur se réfugie dans la lecture et mène une vie d’errance qui le mène de petit métier en petit métier : il endosser successivement des fonctions improbables comme pilleur d’huîtres, chasseur de phoques, pelleteur de charbon dans une centrale électrique, vagabond, avant de reprendre ses études et de publier ses premières nouvelles qui seront un succès. Il sera ensuite reporter à Londres, en Corée, avant de faire construire un yacht, le « Snarck », qu’il lancera à la découverte des mers du sud. Voyageur infatigable, engagé politiquement à gauche, il meurt à l’âge de quarante ans d’un empoisonnement du sang. Un homme libre qui a brûlé la chandelle par les deux bouts et s’est assuré une vie hors norme.

Ce recueil de nouvelles, autour de l’opus phare « Construire un feu » (quel magnifique titre !), rassemble des écrits des années 1906/1908 et nous transporte dans la ruée de l’or en face inversée avec celle que nous connaissons, rendue célèbre par les westerns, où nous voyons à l’œuvre tous ces orpailleurs rejoignant le sud des États-Unis, la Californie, au mitan du XIXe siècle. Car, quittant la chaleur intense du désert, nous sommes ici projetés dans les solitudes glaciales du nord du Canada, le Yukon, où coule la rivière Klondike (je pense que ces deux patronymes vous parleront), où l’or abonde également.

Dans les nouvelles du recueil, fortes et dérangeantes, se fait jour une théorie de vagabonds, sans passé (et parfois sans avenir), dont nous saisissons des tranches de vie dans cette nature hostile et qui tracent les frontières de ce territoires nouveaux parfois avec leur sang. Ces hommes traînant dans les confins des mondes connus, dessinent, au gré de leur errance, la cartographie de cet univers hostile, où les températures peuvent descendre jusqu’à moins 75° (dans notre période de canicule, c’est vraiment rafraîchissant 😉 – joke !), où le chien n’est parfois pas le meilleur ami de l’homme, et où les populations autochtones ne sont pas toujours amicales.

Dans une écriture directe, avec des intrigues bien construites, l’auteur nous transporte au coeur d’une humanité qui se bat avec les éléments, dans une lutte où nous ne savons pas toujours qui va l’emporter.

C’est un livre à recommander absolument (avec plusieurs suggestions de scénario de cinéma, je pense, je vous laisse juges).

FB