Théâtre/Musique – Jacques OFFENBACH : La vie parisienne (1866/2026)

L’affiche originale

Nous sommes au milieu du XIXe siècle, une révolution industrielle balaye la France traditionnelle, avec ses machines à vapeur, l’invention de l’électricité, la découverte du train dont les itinéraires ont commencé à étendre leur toile d’araignée sur la France (l’œuvre démarre d’ailleurs dans une gare), une vraie classe bourgeoise a émergé, qui croit à cet avenir radieux porté par l’innovation technique et fait désormais jeu égal avec l’aristocratie.

Cette nouvelle société riche, il faut la divertir. Dérivé de l’opéra, un nouveau genre voit le jour, l’opérette (ou opéra bouffe), plus léger, où les récitatifs accompagnés de musique dans les opéras ont laissé la place à des récitatifs parlés, entrecoupés d’arias qui peuvent être chantées par des comédiens plutôt que par des chanteurs ; les œuvres se déplacent ainsi de l’opéra au théâtre, l’opérette sera d’ailleurs une source d’inspiration pour le théâtre de boulevard. Jacques Offenbach (1819-1880) est la figure de proue de l’opérette, qu’il habille de féerie (« Le roi carotte », 1872), ou qu’il puise dans l’Antiquité (« Orphée aux enfers », 1858 et « La belle Hélène », 1864), créant des œuvres pleines d’humour, souvent grivois, mais irrésistibles.

Ici, l’intrigue qu’il situe à Paris (vous vous en doutiez 😉) va lui permettre de dynamiter l’ordre social, entremêlant bourgeois, nobles et peuple dans une pochade délurée et incisive. Il nous montre des femmes et des hommes qui cherchent à attirer le sexe opposé avec calcul, par intérêt ou juste pour la gaudriole ; en sous-jacent, il dénonce des aspects peu reluisants de la vie de l’époque (et pas que, pour certains…), la domination masculine de la société et l’immoralité de ces personnages qui s’encanaillent à qui mieux mieux.

Raoul de Gardefeu vient de se faire abandonner par sa maîtresse Metella, qui l’a mis à sec. Pour se refaire, il jette son dévolu sur un couple de nobles suédois qui arrive en ville, le Baron de Gondremark et son épouse, qu’il se fait fort de conquérir. Ayant échangé sa place avec celle de leur guide, il va les prendre en charge, leur offrant des dîners époustouflants improvisés au dernier moment avec les personnes qui lui tombent sous la main, dans l’espoir de séduire la belle.

 « La vie parisienne » c’est un enchaînement de « tubes », des airs aux noms improbables comme « Tout tourneIl est gris », « Je vais m’en fourrer fourrer jusque-là » ou « Votre habit a craqué dans le dos », dont vous aurez saisi toute l’absurdité réjouissante dans les titres mêmes, qui peuvent séduire tout un chacun. C’est également une collection de personnages improbables, une gantière et un bottier qui filent le parfait amour, une fausse veuve de colonel, un couple de Suédois, un Brésilien qui vient claquer son argent dans la capitale, un faux amiral suisse, et j’en passe.

La Comédie Française que l’on n’arrête plus, s’essaye ici à ce nouveau répertoire, avec comme têtes d’affiche Benjamin Lavernhe, Christian Hecq, Serge Bagdassarian, Véronique Vella et Elsa Lepoivre, accompagnée par la chanteuse Marie Oppert et y réussit avec bonheur : on rit beaucoup.

Seule la mise en scène signée Valérie Lesort peut laisser songeur. Le parti-pris de grimer les hommes en porcs et les femmes en cocottes se comprend bien au vu de la légèreté du propos (à noter que les comédiens ont également pris des cours de comportement auprès d’animaux, on ne recule devant rien pour la véracité). Cela donne des moments extrêmement drôles, que je conteste pas ; pour autant, cela nous met en surplomb par rapport à l’œuvre, avec un regard de moraliste un peu dérangeant.

Ne boudons pas notre plaisir pour autant ! C’est un spectacle joué par des acteurs incroyables, avec une mention spéciale à Christian Hecq, qui parvient presque à voler la vedette à l’excellent Benjamin Lavernhe. J’en suis sortie réjouie, des airs plein la tête.

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