Ooh, it’s so good, it’s so good
It’s so good, it’s so goo, it’s so good
Ooh, heaven knows, heaven knows
Heaven knows, heaven knows, heaven knows
Ooh, I feel love, I feel love
I feel love, I feel love, I feel love (Donna Summer, 1977)
Lorsque cette chanson de Donna Summer sort en 1977, le disco, qui a percé comme tendance musicale dans les années 1960, pour se confronter, dans parfois des scandales, à la société conservatrice américaine, atteint son apogée. Le mouvement a surgi dans les clubs underground, mêlant des gens hétéroclites qui se sentent en marge de la société, Latinos, homosexuels et Noirs, par exemple, qui revendiquent leur liberté et leur existence.
1977 toujours, le jeune Eddie Adams travaille comme plongeur dans une boîte de nuit de Los Angeles, quand il est repéré par Jack Horner, un réalisateur de films pornographiques. Il va intégrer un monde totalement différent de ce qu’il connaissait, pour vivre une vie de star, en rupture avec sa vie conventionnelle d’avant. Nous allons suivre son ascension, sa chute et sa rédemption.
Paul Thomas Anderson nous est revenu récemment avec un film magnifique « Une bataille après l’autre », où nous avons pu voir une fois encore sa puissance de narration. C’est un cinéaste qui prend le temps, ses films frôlent les trois heures depuis longtemps, c’est dans la durée qu’il installe ses fresques chorales. Et il veut nous transporter dans des univers différents chaque fois, dont nous sentons qu’il a pensé chaque détail (dix long-métrages depuis 1988, c’est un indice sur le temps de gestation de ses œuvres).
Et dans le film lui-même, il prend le temps pour dérouler les scènes, virtuose des plans séquence longs, comme celui qui ouvre le film, ou encore quand la caméra effleure les protagonistes d’une fête débridée chez le réalisateur, au bord de l’orgie, alcool, drogue, sexe, piscine et autres, sans jamais les lâcher.
Il nous offre ici la vision de ces personnages en marge, qui ont rompu avec les conventions, école, famille, travail « décent », tels Eddie Adams qui renie sa famille, Amber (Julianne Moore), séparée de son fils, et même Brandy, alias Rollergirl (Heather Graham) sans passé ou Scotty Jr. (Philip Seymour Hoffman) à l’homosexualité honteuse. Sous la houlette de ce réalisateur, Jack Horner déjà cité, ils vont créer une communauté sentimentale alternative, pour nouer les liens qu’ils n’ont pas eu dans leur vie d’avant. Ainsi Amber va devenir une mère de substitution pour Branly et Eddie, qu’elle va comme adopter, même étourdie dans les brumes de l’alcool et de la drogue. Dans ce film hypersexué, où les femmes et les hommes exaltent leur féminité/virilité, il existe de vraies solidarités, que nous voyons dans des scènes d’une grande douceur, assez orthogonale avec ce que nous imaginions sur cet écosystème du porno ; la maison de Jack Horner devient comme un refuge où tous peuvent vivre enfin. Le cinéaste nous prend à revers, c’est le monde dit normal qui s’avère hostile, empli d’une bien pensance qui lui permet de juger les autres sans appel.
Rythmé par une excellente bande-son mêlant The Commodores, Marvin Gaye, Electric Light Orchestra, The Beach Boys et bien d’autres et saturé de couleurs qui nous renvoient à la vibration qui parcourt l’époque, porté par une caméra fluide qui excelle dans les plans d’ensemble et habité par des acteurs qui prennent tous les risques par rapport à leur image, c’est un film solaire sur la différence.
Et en plus, vous y verrez Mark Wahlberg dans une chorégraphie digne de « Saturday night fever » 😉.
Je ne peux que recommander.
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