Cinéma – Ga-Eun YOON : The world of love (2026)

Je ne peux que remercier ce cinéma de quartier, « Le Brady » (Boulevard de Strasbourg à Paris), géré pendant presque vingt ans par Jean-Pierre Mocky (entre 1994 et 2011) et qui propose des films hors des sentiers battus (qui sont parfois passés dans le circuit « mainstream » auparavant). J’avoue que me fier à la programmation m’a permis de voir bien des films intéressants, c’est une autre manière d’aborder le grand écran, se laisser guider par l’intelligence des programmateurs d’une salle.

Le film coréen que j’ai vu ce jour-là a comblé mes attentes.

Nous faisons la connaissance de Joon-In, une jeune lycéenne de 17 ans, dans sa vie quotidienne qu’elle partage avec son frère plus jeune et sa mère qui travaille dans une école primaire. Dans tous ses actes, nous sentons un décalage, elle va trop loin, ne sait pas s’arrêter, créant des situations embarrassantes pour elle et les autres, toujours en éruption, comme une énergie qu’elle voudrait déverser sur le monde alentour, jusqu’à transgresser les lignes. Ce qu’elle regrette la plupart du temps aussitôt. Elle se montre très attentive à ce qui l’entoure, toujours sur le qui-vive.

Et puis, et puis, petit à petit, des failles apparaissent. La mère qui néglige son foyer et se noie dans l’alcool. Le petit frère qui se réfugie dans la magie comme pour ré-enchanter ce monde où il est devenu adulte trop tôt (belle scène où il prétend effacer les soucis de l’assistance lors de son spectacle). Le père qui est parti on ne sait où (décès, autre vie, nous l’apprendrons ensuite). Et l’héroïne elle-même complètement désarçonnée devant les relations amoureuses, incapable de conclure quand cela devient sérieux et qui se retrouve la risée de son lycée. C’est une pétition lancée par les élèves de son lycée pour demander qu’un prédateur sexuel, condamné et sortant de prison, soit banni de la zone, qui va mettre le feu aux poudres.

C’est un récit en forme de puzzle, dont les pièces apparaissent petit à petit, dans une maestria de construction. L’histoire d’une jeune fille qui cherche à se raccrocher à la vie dans tous les déséquilibres de son existence. L’histoire principale se niche dans les non-dits et les angles morts, laissant le récit principal continuer son chemin.

Face à cette société coréenne dominée par les hommes, où l’empreinte du patriarcat, adossé au confucianisme (qui prône l’importance du respect de la famille), avec une percée récente et préoccupante des masculinistes, ce film d’une jeune réalisatrice, est un plaidoyer sensible et néanmoins musclé pour la condition des femmes. Femmes qu’elle n’hésite pas à mettre en scène dans leurs interrogations parfois naïves sur la sexualité masculine, tout ceci par petites touches.

Et c’est bouleversant.

FB

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