Cinéma – Asghar FARHADI : Histoires parallèles (2026)

 

« Qui trop embrasse mal étreint » Dicton du XIVe siècle.

Asghar Farhadi nous a livré quelques films vraiment forts sur son pays, l’Iran, je garde en mémoire les intrigues dignes de tragédies antiques qu’il a déployées dans « A propos d’Elly » (2009, le film où je l’ai découvert), « Une séparation » (2010), « Le passé » (filmé en France en 2013) ou encore « Un héros » (2021) pour lequel il avait été primé au Festival de Cannes (notons qu’il est également récipiendaire de bien d’autres prix, Oscar américain et Ours de Berlin). Des films en forme de lame de couteau qui viendrait nous percer le coeur dans leur projet de mise à nu de situations difficiles.

C’est un cinéaste qui prend des risques, pour aller chercher au-delà de son pays des collaborations qui pourraient nous paraître improbables, comme ce « Everybody knows » (2018), filmé en Espagne et en Argentine avec des stars de ces deux pays (Penelope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin – je n’ai pas vu le film).

Dans le film présent, il tisse une relation inédite entre l’œuvre de Krzysztof Kieślowski, s’inspirant de l’épisode 6 du « Décalogue », (« Tu ne seras pas luxurieux ») et des acteurs français, parmi les plus prisés dans notre box-office actuel 😉, soit Virginie Efira, l’incontournable Pierre Niney, le non moins incontournable Vincent Cassel et notre Isabelle nationale, Isabelle Huppert, que j’adore.

Tout cela nous promettait une oeuvre au carrefour de tellement d’inspirations que j’étais très excitée de voir le résultat.

Sylvie (Isabelle Huppert), une écrivaine, cherche l’inspiration dans la vie de ses voisins d’en face, un couple et le frère du mari, qui sont bruiteurs. Elle les épie à l’aide d’une longue-vue qu’elle a reçue pour son neuvième anniversaire, dans cet appartement qui fut celui de ses parents et qu’elle n’a jamais quitté, et écrit une variation de leurs vies à sa manière. Sa nièce (India Hair), la met en contact avec un jeune homme, Adam (Adam Bessa) pour l’aider dans sa vie quotidienne. Ce dernier va se prendre au jeu de l’écriture et déclencher bien des drames.

Le cinéaste multiplie les correspondances entre plusieurs récits, celui de l’écrivaine et de sa vie, celle des personnages qu’elle a imaginé versus la vraie vie de tout ce petit monde. Quand Sylvie se blesse dans sa cuisine avec un tesson de verre, sa créature féminine fait de même. Ils se croisent sans cesse dans la vraie vie, dans une virée au supermarché ou quand deux couples issus de deux dimensions, occupent la même table dans un café. Les personnages s’épient les uns les autres, dans la vie rêvée par l’écrivaine ou dans la réalité ; une méfiance généralisée va s’installer jusqu’au drame.

Là où Krzysztof Kieślowski installait un récit glaçant mais linéaire, nous sommes bien dans la même atmosphère grise et étouffante, avec la même dureté des relations que le cinéaste iranien installe dans chacun de ses films, mais dans une histoire où se fait voir une complexité qui nous perd et confine à l’artificiel. Car l’idée d’adjoindre cette femme écrivaine dans le récit vient déposer une couche supplémentaire qui parfois nous éclaire mais souvent nous perd.

Et cela maintient les comédiens dans une incapacité de jouer un vrai rôle, à exister dans toute leur plénitude, tant ils deviennent objets de tous ces liens tissés entre eux par l’intrigue ; dans une idée de fatum que nous pouvons comprendre, comme un destin qui s’imposerait à eux et qui est une des marques de fabrique du cinéaste, mais qui finit par tourner sur lui-même de manière artificielle. Nous finissons par nous lasser de ces bons et rebonds trop sophistiqués, qui glacent le récit.

Cela transforme le film, au fur et à mesure des épisodes, en un exercice de variations brillantes, certes, mais où les personnages peinent à trouver leur place, sans cesse basculés d’une dimension à une autre.

Dommage.

FB

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