Littérature (et plus) – Patti SMITH : Le pain des anges (2025)

C’est d’une grande dame à qui je voudrais rendre hommage ici. Sa musique m’avait frappée en plein coeur, voix puissante et grave, comme possédée, textes mystiques déclamés sur fond de rock profond et sec.

Je ne me souviens plus du moment où j’ai plongé dans son oeuvre jusqu’à en être submergée, comme en apnée devant ces vagues de musique et de voix inédites. Tous les albums, « Horses » (1975), « Radio Ethiopia » (1976), « Easter » (1978), « Wave » (1979), et bien d’autres, je les ai suivis et écoutés avec une joie intérieure indicible.

Personnalité libre, rock star à la voix puissante et habitée, reconnaissable entre toutes, à l’instar de Maria Callas pour l’opéra, c’est surtout une intellectuelle « self made woman », elle a exploré Baudelaire, William Blake, et surtout Arthur Rimbaud, dont elle est une grande fan. Dans le bouillonnement new-yorkais des années 1970, elle a fréquenté William Burroughs, Allen Ginsberg, Bob Dylan, Sam Shepard avec qui elle vivra une intense histoire d’amour, et surtout le photographe Robert Mapplethorpe, son âme soeur.

Dans ce livre, qu’elle écrit à l’âge de 79 ans, elle revient sur les moments importants dans le fil de sa vie, depuis son enfance.

 « J’allais souvent dans la forêt tôt le matin avec Bambi (son chien). Je n’étais pas obligée de la tenir en laisse car elle était obéissante et ne s’enfuyait jamais. Nous regardions gigoter les têtards dans le Ruisseau de l’Arc en Ciel, pistions sans bruit un renard insaisissable, nous allongions dans un champ mouillé de rosée sous l’immense ciel vide (…). Les esprits étaient partout ; on les sentait dans l’air qui craquelait, les nuages cernés d’un halo de lumière rosée. »

Enfant de deux parents frustrés de leur carrière artistique (lui danseur de claquettes, elle chanteuse de jazz), qui tirent le diable par la queue et déménagent leurs enfants bien souvent d’une maison à l’autre, elle développe un goût pour la rêverie et la poésie qui ne la quittera plus. En 1967, à l’âge de 21 ans, elle déménage à New-York sans argent, pour se lancer dans une autre vie.

Ce qui est magnifique dans ce livre, c’est son émerveillement continu au monde, en toute liberté, loin des diktats de la société ; qui lui a permis de plonger la tête la première dans cette folle aventure new-yorkaise et qui l’accompagne encore maintenant, capable encore de s’émouvoir devant une lune pleine ou des mouettes qui planent sur Trieste, en Italie.

Elle nous dit ici qu’elle est en paix avec elle-même, son passé et son avenir. Elle solde son enfance avec une grande bienveillance dans laquelle elle convoque sa famille. Femme d’écriture, elle en fait un moyen de vie, pour mieux se rapprocher des êtres aimés vivants, pleurer et rendre hommage aux disparus, dans une grande tendresse poétique. Elle nous dit aussi le détachement qui s’installe et ne permet plus que d’absorber la paix et la beauté.

C’est un livre bouleversant que je ne peux que recommander.

FB