Cinémas – Luc BESSON : Lucy (2014)

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Attention, nanar en vue !
Depuis 1981, Luc Besson s’essaye au septième art avec un bonheur inégal ; pour un « Cinquième élément » (1997), voire une « Nikita » (1990) ou un « Léon » (1994), combien de films sans intérêt… Tournant autour des mêmes thèmes, qui trouvent ici un accomplissement du genre la boucle est bouclée, puisque ce nouvel opus met et scène les tropismes propres au réalisateur, à savoir : une belle fille un peu à part, des effets spéciaux à n’en plus finir de type « clip vidéo » et une histoire simple voire simpliste. Tout cela condensé ici, je vous l’accorde car ce n’est pas un des moindres avantages du film, en moins d’une heure trente.

La belle fille en détresse
Ici, Scarlett Johansson assume le rôle de « super-héroïne » qui colle avec sa plastique parfaite. Elle succède ici à Anne Parillaud (Nikita), Natalie Portman (Léon), Milla Jovovich (Jeanne d’Arc, Le cinquième élément), Bridget Fonda (Nom de code : Nina), Penelope Cruz (Fanfan la Tulipe), Louise Bourgoin (Adèle Blanc-Sec), etc. Tout un défilé de femmes magnifiques, dont certaines ont été les compagnes du réalisateur. Le problème est souvent qu’il les place au milieu de son film, piliers de beauté, comme si ce fait se suffisait en lui-même (merci pour le bel effort de réhabilitation de la femme, au passage, soyons juste). Et bien non, disons-le, il faut aussi un scénario (1).

Une histoire simple voire simpliste
Soit une jeune américaine innocente qui se fait embarquer dans un trafic de substance illicite, en l’occurrence une drogue foudroyante du genre :
soit a/ tu survis avec plein de neurones en plus,
soit b/ tu meurs.
Mais comme elle est pure et belle et qu’elle porte le même prénom que la plus ancienne « femme » Australopithèque retrouvée (3,2 millions d’années tout de même), le réalisateur va opter pour la solution a/ (tant mieux pour lui sinon le film aurait duré moins de 20 minutes), bien que Lucy ait absorbé une quantité surhumaine de cette drogue bleue (c’est plus beau à l’écran). Ainsi, le cinéaste va, à grand peine, tisser un lien entre les deux femmes éponymes, car après la première, qui est à peine humaine (on le voit bien dans le film), nous autres qui ne nous servons que de 10% de notre cerveau (2), apparaît une mutante, qui ressemble furieusement à Lucy (3), sauf que son cerveau grimpe peu à peu tout au long du film (avec des encarts qui nous rappellent laborieusement les pourcentages successifs atteints) jusqu’à 90% de puissance. Mais l’héroïne (aux deux sens du terme) est courageuse, elle sait qu’elle va mourir, mais il faut qu’elle délivre au monde son secret. Malgré plein plein de méchants asiatiques, elle réussit à rencontrer Morgan Freeman (qui se demande ce qu’il fait là, ah, et nous aussi !) très très très grand professeur, d’ailleurs il sait faire des powerpoint attrayants et quand il travaille, il est en blouse blanche, ce sont des signes qui ne trompent pas ! Et elle lui dit tout sur une clé USB – nous autres, terriens spectateurs, avec notre cerveau à 10%, nous n’en saurons pas plus, le cinéaste n’ayant sûrement pas jugé notre intelligence à la hauteur. Bref, rajoutons à cela l’incrustation dans cette intrigue internationale de notre bonne vieille police française, à peine caricaturée (euphémisme), sur fond de Tour Eiffel (4), insert qui ne marche mais alors pas du tout du tout ! Et enfin, pour achever – à tous les sens du terme – sûrement pour être dans la tendance, le cinéaste nous délivre, en forme de salmigondis, des images et propos mélangeant nature et écologie ; nous sentons bien que rien de pensé ne se cache derrière cela, si ce n’est l’objectif de faire beau et dans le ton de l’époque.
Bref, simplisme, littéralité, avec un je ne sais quoi de stéréotype, voilà à quoi se résume l’histoire. Scarlett Johansson, qui est à l’habitude relativement placide, n’arrive par conséquent même pas à se débattre pour sauver quoi que ce soit.

Les effets spéciaux, parlons-en !
Dieu sait que je n’en veux pas aux seniors, mais force est de reconnaître que Luc Besson, sûrement très innovant lorsqu’il a réalisé « Subway » (5) continue à tracer le même sillon depuis sans évoluer. Nous sommes dans un clip vidéo (très) appuyé des années quatre-vingt, vieillot et dépassé. Couleurs criardes saturées, effets spéciaux qui tombent à plat, tout cela soutenu par une musique vulgaire (il m’a même semblé entendre un Bontempi, mais je ne veux même pas m’en assurer… – et je ne souhaite pas m’attarder sur la scène de tuerie des mafieux asiatiques sur fond de Requiem de Mozart, j’ai eu l’impression d’être dans une de ces publicités pour le meilleur de la musique classique), bombardement d’images insérées au milieu de l’action, destinées sûrement à donner du rythme et qui aboutissent à l’effet inverse (6).

Si je devais décrire le film en une phrase, je parlerai d’un gros soufflé qui ne cesse de retomber…

Je continue cependant, pour ma part, à sauver de ce naufrage cinématographique, qui s’affirme de film en film, « Le cinquième élément« , mais c’est sûrement très irrationnel…

FB

(1) Un quoi ?
(2) Je me demande d’ailleurs de quel droit je me permet, avec mon cerveau d’ectoplasme limité, de critiquer cette brillante jeune femme…

(3) Ses yeux scintillent désormais, pailletés de bleu, preuve que la drogue a circulé partout partout dans son corps, mais on ne nous trompe pas, nous savons que c’est elle quand même, ah ah ! Après tout, il nous reste encore 10% d’énergie mentale !
(4) Il serait bon, parfois, que les cinéastes étrangers aillent un peu au-delà de cette représentation caricaturale de la capitale, déjà présente chez les cinéastes du siècle dernier. Le cinéaste ici est français, ah bon ?
(5) Pensum élégant et boursouflé de 1985
(6) Par exemple, lorsque Lucy est piégée par les mafieux, vues insérées à de multiples reprises d’une gazelle (oh, ce doit être la belle jeune fille blonde !) coursée par des fauves (ah, mais je reconnais les méchants !). Etc, etc.