Cinéma – Jacques DEMY : Les demoiselles de Rochefort (1967)

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Voilà un film que l’on ne présente plus, mille fois chroniqué, disséqué, commenté, et pourtant… J’ai voulu moi aussi en dire quelque chose, après l’avoir revu récemment. Je dois dire que, bien que le connaissant presque par coeur (sans l’avoir vu depuis longtemps), j’ai été frappé par la force qu’il dégage. Il est en effet d’une grande audace, très cohérente car elle va jusqu’au bout de son propos, ce qui finit par le façonner en forme de chose unique et merveilleuse. Je craignais par exemple qu’avec le temps il soit devenu un peu ridicule et daté ; pas du tout, il brille de mille feux.

Rappelons rapidement l’histoire. A Rochefort, une bande de forains arrive un jour ensoleillé pour donner une représentation. Autour de Delphine et Solange, deux soeurs jumelles et de leur mère Yvonne, vont s’organiser des chassés-croisés, principalement amoureux. Puis les forains repartent, ayant créé une parenthèse dans la vie de la ville, qui aura vu se dénouer ou se renouer nombre de liens entre les protagonistes.

Bien m’en a pris de le regarder à cette époque de l’année, car c’est un film de printemps, frais comme une rose, comme une brise légère et parfumée. Tout ici est tenues pastel, rues ensoleillées, gaieté des pas de danse, exaltation heureuse des chansons.

C’est aussi une oeuvre qui veut rendre hommage à une certaine France, celle d’une ville de province, avec son bar où se croisent les habitués, sa grand place propre à accueillir des spectacles, ses rues coquettes où tout est à deux pas. Mais qui percuterait en même temps un imaginaire américain, incarné dans la forme même de la comédie musicale, hommage à Broadway, dans la participation de Gene Kelly, star du genre, s’il en est, au film, dans les robes lamé rouge des jumelles, rappelant furieusement « Les hommes préfèrent les blondes » (1) et même dans une certaine ampleur du propos, un souffle venu d’Outre-Atlantique qui parcourrait le récit.

Car tout cela est très dynamique, les personnages sont sans cesse en train d’arriver, sur le départ ou en mouvement. Les morceaux de danse se succèdent et s’ils peuvent être jugés un peu approximatifs, il dégagent une énergie telle qu’elle fait oublier ce détail.

Enfin, ce film nous dit des choses sur la société de l’époque, nous sommes en plein bouleversement social, qui va advenir l’année suivante, en 1968, mais qui est déjà perceptible ici. Solange et Delphine sont des filles libérées, qui prennent leur vie en mains sans les hommes (et remarquons que leur mère montre le chemin, avec des enfants de pères différents, sans que l’on mentionne un mariage quelconque). Plus généralement, un vent de liberté souffle sur ce film, où tout le monde est à égalité avec tout le monde.

Pour la distribution, mentionnons surtout la présence solaire de Catherine Deneuve et de sa soeur Françoise Dorléac, absolument magnifiques, ainsi que celle de Danielle Darrieux, spirituelle et juste.

Un film qui reste dans les mémoires et nous savons pourquoi.

FB

(1) Film d’Howard Hawks, 1953, avec Marylin Monroe et Jane Manson.