Peinture : François BOISROND (1959- )

François Boisrond, fils du metteur en scène éponyme, est un peintre français dont j’ai fait connaissance lors d’une rétrospective assez complète à la Villa Tamaris (endroit magnifique à La Seyne-sur-Mer). L’artiste était là en personne, peignant devant nous au son de vieux standards soul et rock. Les portes fenêtres largement ouvertes sur une terrasse donnant sur la mer ajoutait un côté hors du commun à cette exposition.

Dans les années 1980, François Boisrond a fait partie du mouvement « Figuration libre » avec notamment Robert Combas et Hervé Di Rosa, qui cherchait à représenter le temps actuel, en empruntant leurs formes à des arts populaires (la bande dessinée par exemple) et à base, le plus souvent, de couleurs vives presque agressives. L’exposition montrait une série d’oeuvre de cette époque, qui n’est pas ce que j’ai préféré chez ce peintre.

A partir des années 2000, l’artiste change son style, pour peindre à partir de photographies des toiles qui semblent hyper-réalistes et laissent pourtant la place à l’imagination. Avec une technique « pixelienne », il semble reproduire point coloré par point coloré l’instantané photographique (voir « Dos 00:32:43:25 » ci-dessous), tout en laissant une dimension imaginaire, un peu à la manière des impressionnistes. La décomposition de l’image en cellules unitaires, loin de la rendre immédiate, lui restitue sa part de mystère (dans son oeuvre « L’entrée des croisés dans Constantinople, inspiré d’une oeuvre de Delacroix de 1840, ce serait presque la toile de son aîné qui passerait pour réaliste…). Il introduit ainsi un décalage avec le réel tout en le restituant dans ses moindres détails.

L’oeuvre la plus récente que nous avons pu voir, « L’entrée des croisés dans Constantinople » va plus loin : le peintre met en scène la photographie qui va lui servir de modèle, avant de la peindre. La dimension noir et blanc de la peinture met l’accent sur la lumière presque surnaturelle qui entoure la scène. Ce sont tous les mystères de l’Orient, de la religion qu’il restitue devant nous. Que de chemin depuis les origines de sa peinture. Des couleurs assourdies ou pastel, voire du noir et blanc. Les robots et autres martiens ont laissé la place à des figures religieuses ou mythiques (en voyant les images de la série des « Dos », nous ne pouvons nous empêcher d’évoquer la « Grande odalisque » d’Ingres). François Boisrond, qui a été à l’origine d’un nouveau mouvement de peinture, semble retrouver des racines dans la peinture classique, tout en la transcendant. En cela, c’est pour moi un vrai artiste, qui fait son chemin.

Une belle découverte. A suivre…

FB

  

Ci-dessus, deux oeuvres sans titre des années 1980 ; « Dan Flavin au musée d’art moderne » 2006 ; « Dos 00:32:43:25 » 2012 ; « Gestes » 2011-2012 ; « L’entrée des croisés à Constantinople », 2011 par F. Boisrond et l’original par Eugène Delacroix.