Il y a deux semaines, je suis partie pour un court week-end (7h30 de train en deux jours, une paille) pour me rendre à Luoyang (洛阳市 – littéralement « ville au nord de la rivière Luo »- située dans la province du Henan (« fleuve du sud »). Nous avions suivi bien malgré nous la tempête de sable qui avait flagellé Pékin le lundi précédent et étendait ses rets sur le centre du pays. Cela a donné à notre première journée une apparence bien nébuleuse.
La ville est très connue en Chine, car c’est l’une des quatre capitales historiques du pays (avec Pékin, Nanjing et Xian), elle a rempli ce rôle à plusieurs reprises du VIIe siècle av JC au Ve siècle ap JC. Et c’est également le lieu où s’est implanté pour la première fois le Bouddhisme en Chine, au Ier siècle de notre ère. C’est maintenant une métropole de 8 millions d’habitants, dont 2 millions dans le centre, avec son métro, ses buildings d’une grande uniformité… La croissance urbaine en Chine ne cesse de me surprendre.
La ville se préparait pour le festival des pivoines, qui commence le 1er avril et attire des habitants de tout le pays, nous ne les avons vues que dans leur timide pré-éclosion.
Notre périple a commencé par les grottes de Longmen (Porte du dragon), un ensemble de grottes bouddhistes excavées entre le Ve et le Xe siècle au flanc d’une falaise qui surplombe la rivière ; les chiffres donnent le vertige, plus de 2300 grottes et plus de 100 000 images ou sculptures bouddhistes.
En face nous distinguions dans la pénombre du jour un temple qui avait belle allure ; notre guide nous a expliqué qu’il avait été complètement rebâti récemment, au point que la population locale ne s’y rend plus. Ce guide était très « européen », dans le sens où il nous disait les destructions (avec comme un regret dans la voix), alors que normalement, il est difficile d’estimer l’authenticité des lieux que vous visitez ; on vous parle d’un bâtiment construit au XIVe siècle et vous découvrez qu’il a été entièrement refait dans les années 50.
Depuis 2000 les grottes sont classées et nous pouvons espérer qu’elles resteront intactes longtemps, pour endiguer les déprédations dont elles ont été victimes au début du XXe siècle puis pendant la Révolution culturelle chinoise.

Je vais commencer ma promenade par la fin, pour que vous compreniez l’importance du lieu. J’ai pris les photos qui suivent depuis l’autre rive. Vous pouvez voir distinctement les myriades de niches abritant des figures bouddhiques. Une colline de dévotion troglodyte, comme une ruche créée par l’homme.


Traversons à nouveau la rivière pour vous montrer de plus près ce que j’ai vu au long de ma balade. Une falaise immuable abritant de petits lieux sacrés, sculptés de figures bouddhistes qui se cachaient au fond de leurs cavernes, comme pour défier le temps.




Ces figures tutélaires, érodées par les éléments, surgissaient au fur et à mesure de nos approches dans leurs abris de pierre…


A certains endroits, la pierre grise presque noire se teintait de veines rouges ou blanches.

Et puis, dans le Temple des ancêtres, ce Bouddha immense (17 mètres de haut) du VIIe siècle, qui inspire l’admiration des grands et des petits (si vous regardez attentivement les photos d’ensemble, plus haut, vous le verrez sur la droite), accompagné de sa garde dansante. Face au fleuve qui s’écoule, il semble regarder la vie qui passe avec une grande paix intérieure, les yeux à demi fermés.

Il faut à ce moment-là parler d’une femme tout à fait particulière, l’impératrice Wu Zetian (624-705), qui fut la seule impératrice régnante de Chine, dont je vous invite à aller voir la biographie, faite d’ascension fulgurante au milieu d’intrigues, d’assassinats et de sens politique, une femme hors norme pour l’époque. Elle a profondément inspiré l’édification d’une partie de ce lieu, notamment ce grand Bouddha.
Je citerai aussi cette pierre tellement bizarre, croisée sur notre route, où la pierre se fait fleur. Magnifique.
Retour dans la ville, notre guide nous entraîne dans un marché de nourriture nocturne (un « food court » en somme), où des échoppes alignées de part et d’autre de la rue offrent leurs denrées. Un retour dans le monde actuel, qui fait un vrai contraste avec ce que nous avons vu auparavant.



Les masques se font rares, bien que la foule soit compacte, nous sommes loin de Pékin et de sa rigidité en la matière, et l’époque est plus détendue aussi. Des passants d’un samedi soir qui arpentent les rues pour se restaurer, dans une ébullition joyeuse et entraînante.

Et pour finir, quelques desserts intrigants, dans leur gelée multicolore.

Mon aventure continue bientôt avec le deuxième jour !
FB
Quel excellent guide vous êtes ! 🙂 Merci – ces vues sont impressionnantes, et la joie de vivre des dernières photos est visible.
amicalement 🙂
Tes reportages sont toujours aussi passionnants, j’aime la façon dont tu nous fait vivre ces moments, avec un sens remarquable du récit, et des photos éclairantes.
J’arrête les fleurs 💐😉 mais je reste quand même un instant sur ces pivoines qui vont éclore alors que les miennes… sortent à peine de terre !
Et puis je ne louperai pas cette évocation de Wu Zetian, impératrice des manigances interprétée par Carina Lau dans la trilogie des Détective Dee signée Tsui Hark. D’ailleurs, dans « le mystère de la flamme fantôme », toute l’intrigue tourne autour d’un bouddha géant !
Je ne sais pas si tu entames toi aussi une trilogie, mais sache que je ne raterai pas le prochain épisode !
C’est très gentil à toi. Faire vivre ces moments à d’autres me permet de les mettre en ordre dans ma tête et également je ne vois pas les choses de la même manière, je me sens un peu explorateur pour d’autres, surtout dans cette période de fermeture des frontières. Et merci beaucoup pour le rappel cinématographique, je n’avais plus cela en tête, je vais les regarder à nouveau si je peux..
caro.faurepb@gmail.com