Pékin – Chine enfantine (2021)

Depuis quelques mois, je regarde autour de moi comment les gens vivent ici, visiter un pays est effectivement un moment où vous faites un périple entre les monuments et points saillants de l’endroit, mais cela ne se limite pas à cela, j’aime beaucoup essayer de comprendre le mode de vie là où je me trouve. Cela peut aller depuis saisir comment les gens traversent la rue, circulent, jusqu’à hanter les supermarchés, je suis comme aux aguets, saisissant la moindre fraction d’information pour l’analyser. Toutes les différences et toutes les similitudes me frappent et m’enthousiasment, comme autant de terrains de découverte des autres et de moi-même ; et c’est une vraie manière à mon avis de rencontrer les autres, les observer, communiquer quand c’est possible, toujours avec indulgence. Vous aurez sûrement noté cela dans les articles que j’ai publiés.

Ici, je voudrais vous livrer une réflexion très personnelle sur la place de l’enfant et plus largement du monde enfantin en Chine. Je parle de la capitale, qui est pour le moment mon terrain de jeu, faute de pouvoir la quitter sans risque, mais aussi des classes moyennes et supérieures, qui correspondent à nos « hipsters » ou « bo-bos ». Bien sûr je ne sais rien de ces enfants laissés par leurs parents à leurs grands parents ou à des communautés plus larges dans bien des régions de Chine, parce que Papa et Maman sont allés travailler à l’autre bout du pays (voir sur ce sujet le magnifique documentaire de Wang Bing « Les trois soeurs du Yunnan », 2012) .

La politique de l’enfant unique a commencé en Chine en 1979, elle fait suite à un mouvement inverse lancé dans les années 1950, quand le Président Mao, ayant besoin de bras pour mener à bien son projet politique, encourage la natalité. Le résultat ne s’est pas fait attendre, le taux de natalité a dépassé 6 enfants par femme dans les années suivantes, portant la population de 583 millions d’habitants en 1953 à 973 millions en 1979. Les nouvelles règles éditées cette année-là, autour du slogan « un couple, un enfant », ont mis un frein brutal à cet accroissement, en pénalisant fortement les naissances surnuméraires (amendes, en instituant notamment une cherté accrue dans l’accès à la scolarisation, aux transports en commun ou aux soins) pour essayer d’endiguer cette croissance exponentielle.

Cette politique porte finalement ses fruits tout en induisant des biais durables, qui vont parcourir la société chinoise jusqu’à nos jours.

Tout d’abord, le problème des filles, je ne vais pas m’étendre dessus, il faut simplement savoir qu’en Chine, une fille doit normalement se marier et quitter sa famille pour rentrer dans la famille de son mari. Donc elle va coûter cher puisqu’il faut une dot et ensuite elle sera moins en support de ses parents. De là viennent les débordements dont nous avons abondamment entendu parler en Occident ; comme il est difficile d’avoir un deuxième enfant, certains parents se débarrassent de leur première fille (avortement, voire plus). Il y a à l’heure actuelle 102 hommes pour 100 femmes dans le monde, en Chine le ratio est de 120 pour 100 (je fais une incise, qui me semble intéressante, car nous avons les yeux fixés sur la Chine, comme un mauvais élève reconnu par tous, sûrement en raison de cette politique volontariste de natalité ; et pourtant, et pourtant, 18 pays sont dans une situation bien pire. Parmi eux, ô surprise, 11 sont musulmans, la palme revenant au Qatar avec 24,7% de femmes. Preuve qu’il faut toujours aller plus loin dans la recherche de la connaissance et ne pas s’arrêter à des évidences qui finissent par prendre l’allure d’idées reçues – source : Banque Mondiale).

Ensuite, l’enfant unique peut dériver rapidement vers l’enfant roi. Un rejeton à la fois choyé et sur lequel repose une grande pression de réussite. C’est la même chose chez nous, me direz-vous, les parents projettent toujours sur leurs enfants pour qu’ils soient ce qu’ils auraient voulu être et ce qu’ils sont fiers d’être, ce qui fait une charge mentale forte à assumer. Ici, comme l’enfant est le plus souvent seul, il subit une éducation vraiment rigoureuse, pour pouvoir se hausser vers les meilleures universités du pays. Mais il est également célébré comme un être précieux, à qui tout est dû. Je vois dans la rue bien des enfants accompagnés par leurs parents, qui les emmènent dans des magasins de jouets, manger des glaces ou des friandises, comme en Occident a priori, mais dans des dimensions inusitées pour nous. De là vient sûrement l’abondance de figures enfantines qui parsèment le quotidien.

Et c’est là que je voulais en venir après cette mise en contexte. Nous voyons ici ce que nous pourrions qualifier en France d’infantilisation, dans tous les aspects de la vie. Les parcs d’attraction fleurissent dans tout le pays, Legoland, Hello Kitty, Disney, bien sûr et bien d’autres… L’immensité du pays permet d’envisager des projets comme la reconstitution du Titanic dans la province du Sichuan…

Dans la vie de tous les jours, nounours et autre peluches, incluant bien sûr les nouveaux arrivants de l’Occident, comme Kitty (de « Hello Kitty », pour ceux qui ne suivraient pas…) ou Snoopy (fleuron de Uniqlo pour la saison du printemps) fleurissent ici partout, en forme de sac, de stickers sur des voitures, d’accessoires de sac voire de vêtements féminins (ou masculins), bien que l’âge des personnes concernées ait franchi depuis longtemps la vingtaine. Je vous livre ci-après un florilège de ces moments captés. Et je voudrais auparavant mettre en exergue un film qui m’a beaucoup marqué, « Le goût des autres », que j’ai déjà cité (Agnès Jaoui, 2000), comme une mise en garde sur les idées de bon/mauvais, sur le goût, qui n’est que subjectif ; pour résumer, je ne porte aucun jugement, je trouve cela drôle et inspirant.

J’adore ces différences culturelles, qui me font comme une terre de liberté qui me manquait peut-être dans mon pays.

FB

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Kermit, on t’a reconnu !
Et la dernière, pour l’année du boeuf ! 牛年快乐