Musique – Philip Glass, études pour piano (2020)

Les « études », le plus souvent pour piano, sont un format musical dans lequel les compositeurs font preuve de leur virtuosité, car il s’agit de travailler sa technique. Le plus bel exemple est sûrement celui des Etudes pour piano de Frédéric Chopin, une suite de deux fois douze morceaux qui sollicitent toutes les ressources du pianiste mais qui sont également de magnifiques pièces de musique, en oubliant d’être seulement des mécaniques d’apprentissage. Claude Debussy, Franz Liszt, ou plus près de nous György Ligeti en ont également composé, toujours dans le même esprit.

Ici, je veux vous parler de celles de Philip Glass, ce compositeur américain né en 1937, très prolixe, qui appartient à la mouvance de la musique minimaliste (ou répétitive), comme son collègue Steve Reich, dont j’ai eu l’occasion de parler sur ce blog et que j’apprécie aussi beaucoup. Né dans le Maryland, d’un père qui de la réparation des autoradios était passé à la vente de disques, il a eu l’occasion de frayer avec les grands classiques européens, Bach, Beethoven, Schubert et aussi les compositeurs plus modernes comme Bela Bartok, qui ont été pour lui une illumination.

Il va ainsi créer comme un pont entre les compositeurs classiques et une sorte de modernité en inventant cette nouvelle musique, faite à la fois de structure presque mathématique, répétition et absence d’effet, et de sentiments profonds, un peu comme Bach, d’ailleurs, qui savait construire une ossature presque scientifique qu’il enrobait ensuite de beauté. D’aucuns ont critiqué et critiquent encore cette musique, la qualifiant de « facile », lui déniant le label de grande musique (Nota : comme s’il y avait une « grande » et une « petite » musique, hiérarchie vaine et bête). Tout ce que je sais, c’est qu’elle émeut profondément, elle emporte dans son mouvement lancinant et évident, et je n’irai pas refaire ici la dissertation de philosophie à laquelle j’ai été confrontée en Terminale, pleine de pièges et de dilemmes et qui m’a hantée longtemps : « Qu’est-ce qu’une oeuvre d’art ? ». Il faut parfois éviter de verser dans la taxinomie stérile et apprécier uniquement les choses comme elles viennent…

Ces études dont je parle ici, sont sûrement la quintessence de son art. Il les a composées sur plusieurs décennies et elles changent d’atmosphère peu à peu. Elles dégagent, au-delà de l’aspect répétitif qui font leur socle (et qu’il nous fait oublier souvent), tout un monde d’absolu magnifique, un peu nostalgique et tellement charnel, qui me touche tellement.

Les mélodies, a priori simples, et pour autant tellement travaillées, s’ancrent en vous comme autant de fulgurances évidentes, et vous capteront longtemps.

Sans compter que tout dépend de l’interprétation, ici tout est bien libre, tension ou calme, celui qui joue cette partition peut choisir… L’auteur lui-même a commencé à jouer ces oeuvres avant de les écrire dans une forme différente, ouvrant bien des possibles pour les futurs interprètes. Cela rend ces morceaux encore plus redoutables, car au-delà des difficultés techniques qu’il faut affronter, le parti-pris d’interprétation est un choix personnel qui peut faire des versions tellement différentes.

Je voulais vous faire partager ce moment musical. Dans cette période compliquée, il faut de la beauté pour survivre…

FB

Recommandé par l’émission « La Tribune des critiques de disques », qui consacrait son émission du 10 janvier dernier à ces « Etudes » (et que je vous invite à écouter), voici les deux interprétations retenues comme les meilleures, celle d’un jeune pianiste islandais, Vikingur Olafsson puis celle de Makin Namekawa, pianiste japonaise, tous les deux ici dans l’étude n°6. Vous noterez les différences.

Et les mêmes pour l’étude n°20, la dernière du recueil.