Cinéma – Rodrigo SOROGOYEN : El reino (2019)

El reino

Voilà un nouvel opus du cinéma hispanique bien réussi. Où l’on retrouve tous les ingrédients ici parfaitement résumés dans l’affiche ci-dessus : noirceur, fièvre du récit, et corruption, tout cela porté par des cadrages serrés et un acteur hors pair qui crève l’écran.

Manuel López-Vidal est un homme politique local en Espagne appelé à prendre de plus hautes fonctions dans son parti. Il se retrouve pris dans un scandale qui emporte un de ses amis et collègues. Va se déclencher pour lui une course contre la montre pour se sortir du guêpier dans lequel il est en train de s’enfoncer. Avec comme alternative de faire tomber d’autres rouages de ce système mafieux auquel il participait.

Ce polar politique de plus de deux heures m’a tenue en haleine de bout en bout. Incarné par un comédien survolté, Antonio de la Torre, très impressionnant ici, dans sa détermination et son opacité, qui porte le film. La mise en scène fiévreuse le suit dans son périple de survie, au travers des beaux paysages de l’Andalousie qui sont comme neutralisés par ce récit noir.

Bien sûr, cette histoire s’insère parfaitement dans notre contexte actuel, et même si le film est légèrement antérieur, il préfigure les résultats des élections nationales espagnoles qui ont eu lieu fin avril et ont confirmé l’effritement des partis traditionnels (même si le Parti socialiste a repris du poil de la bête) et l’espace laissé à des formations plus marginales a priori, telles que « Vox« , « Ciudadanos » ou « Podemos« , qui n’existaient pas il y a dix ans. Le film s’inscrit dans une époque antérieure, avant 2010, je dirai (au vu des téléphones portables notamment 🙂 ), ce qui donne une profondeur insoupçonnée à ce que nous regardions comme un thriller politique lambda. Car c’est à force de petits arrangements entre amis tels qu’ils nous sont montrés ici, d’auto-centrage des hommes politiques sur leur carrière et leur niveau de vie, que la vie politique en Europe a commencé à imploser. Car les citoyens, lassés des scandales financiers, avec l’impression d’être délaissés par ceux-là même qui devraient les défendre, ont opté pour des alternatives (plus ou moins heureuses). En cela le film prend une résonance politique tout à fait importante.

C’est vraiment à voir.

FB