Cinéma – Robert RODRIGUEZ : Alita, battle angel (2019)

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Dans le futur. Ido, un médecin, trouve dans une décharge une tête de cyborg, à laquelle il va reconstituer un corps. La jeune créature ayant perdu la mémoire, il la nomme « Alita ». Elle va découvrir la ville grouillante dans laquelle elle se trouve, Iron City, surplombée par Zalem, une cité céleste, la seule ville de ce type rescapée d’une guerre qui a ravagé le monde trois siècles auparavant et redécouvrir ses pouvoirs de guerrière exceptionnelle, qui vont lui permettre de survivre dans cet univers violent.

Nous sommes dans un monde post-apocalyptique, que nous reconnaissons bien, car les représentations sont toujours assez similaires. Un environnement dévasté, sale, violent, dans lequel la couleur dominante est le gris/noir/brun ; un chaos fait de monuments à moitié écroulés, d’ordures, de murs effrités et de rues lépreuses. Aucune rutilance, tout est abîmé, fait de matériaux usés, rayés, effrangés… Comme si les humains n’étaient pas parvenus à reprendre en main leur société (ici trois cents ans après…).

S’ajoute à ce schéma connu, un autre thème, lui aussi récurrent, celui de l’opposition entre un monde-d’en-bas et un monde-d’en-haut, le premier laissé aux déshérités et le deuxième qui réunit des élus (ceux-ci contrôlant souvent ceux-là). Pour n’en citer que deux exemples :

  • Elysium (film de Neill Blomkamp, 2013), qui oppose la Terre et un monde rêvé, peuplé de magnifiques demeures et de jardins

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  • Deponia (suite de jeux vidéo, à partir de 2012), où la planète Deponia est la décharge à ciel ouvert de la cité céleste Elysium (tiens, tiens… Quand je vous disais qu’il y a bien des correspondances dans le genre !)

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Je ne vous ferai pas l’injure de mettre une légende 🙂

Ce décor dont nous venons de parler, somme toute assez « déjà vu », et qui ne se suffit pas à lui seul (voir le ratage du film Elysium cité plus haut), voire qui peut constituer un handicap en ce qu’il nous rappelle d’autres univers déjà croisés dans nos expériences de spectateurs ou de joueurs, le film parvient à le transcender. Non dans l’univers lui-même qui reste assez conforme à ce que nous attendrions, mais au travers des personnages et de l’histoire elle-même.

L’héroïne, Alita, est bien plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord. Mélange de petite fille, d’adolescente et de femme magnifique, à la fois jeune créature fragile, affective, presque naïve et guerrière inflexible, cyborg aux réflexes plus qu’humains, c’est un personnage qui ne se laisse pas réduite à un archétype. Les autres protagonistes sont plus communs mais ne surjouent pas, ce qui les rend crédibles.

Le récit est inspiré d’un manga des années 1990 et nous comprenons sûrement ici pourquoi il n’est pas aussi linéaire que si une Major américaine s’était emparée toute seule de l’objet. Ce qui est intéressant ici est que nombre de pistes s’ouvrent pour se refermer aussitôt ou ne pas nous mener où nous aurions pensé arriver. L’histoire sentimentale n’aura pas l’issue prévue par exemple, les choix ne se font pas au moment où nous les attendrions. Et cela contribue à créer le suspense.

Disons également que la réalisation est impeccable, la production ayant mis la main au porte monnaie (150 à 200 millions de dollars).

C’est donc un film bien intéressant, qui se clôt de manière abrupte, laissant présumer une (ou des ?) suite(s) que nous attendons avec impatience.

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