Cinémas – Benoît DELEPINE et Gustave KERVERN : I feel good (2018)

I feel good

Frère (Jean Dujardin) et soeur (Yolande Moreau)

Benoît Délépine et Gustave Kervern sont des enfants de Canal + ; c’est pendant l’aventure des « Guignols » et de « Groland », qu’ils ont fait connaissance et ont mis en commun leur univers un peu déjanté, à la fois tendre et acide. D’eux, j’avais apprécié « Mammuth » (2010), jolie transhumance d’un homme au corps lourd et à la tête légère (Gérard Depardieu).

Ici, il est toujours question de parler des personnes en marge. Monique (Yoland Moreau) dirige un centre Emmaüs à Lescar, près de Pau. Son frère, Jacques (j’ai évité de peu le jeu de mot 🙂 ) débarque un jour après des années d’absence et de dilettantisme, arnaques à la petite semaine et rêves de richesse et de puissance inachevés. Il veut trouver l’idée du siècle pour gagner de l’argent, c’est un credo absolu, qui l’amène à envisager même d’arnaquer les compagnons d’Emmaüs, ces gens qui ont tout perdu et retrouvent une dignité en travaillant pour le centre.

Deux enfants, ce sont deux enfants qui ont largement passé la quarantaine (voire plus) et continuent à se référer à leurs parents (le passage sur la voiture familiale est irrésistible), l’une meurtrie par une vie antérieure dont nous ne saurons rien, l’autre encore dans la toute puissance de l’enfance, quand rien ne résiste au désir, sans effort si possible.

J’avoue avoir été déçue par le film. Pourtant il a de nombreuses qualités, un univers à part, fait de couleurs acides et pimpantes, des dialogues et situations loufoques (ah, la visite de Jacques chez son copain d’enfance qui a réussi ou la consultation chez le pédiatre, excellents moments !). Et puis ce beau projet de mettre en avant ces personnes qui se refont une vie dans ces communautés humaines, loin des serres du capitalisme et de la société de consommation, c’est vraiment  bien.

Citons aussi les acteurs, Yolande Moreau, qui est toujours très bien (peut-être un peu en retrait ici) et surtout Jean Dujardin, qui peut tout jouer, et se montre ici absolument époustouflant.

Mais le film tourne en rond, ne démontre rien ; s’il fait une incursion vers un espace politique, en opposant le capitalisme infantile et rêvé de Jacques à une solidarité nouvelle, il ne dit pas grand chose sur le sujet, oscillant entre l’histoire des deux protagonistes, la volonté de faire décalé et le propos social qui aurait pu être. C’est donc un film sans sujet et sans objet, qui tourne en rond.

J’ai décroché… Jusqu’au générique, où j’ai retrouvé un vrai moment de chaleur, Hakim et Mouss (du groupe Zebda), fidèles à leur but depuis des décennies, qui viennent mettre de la chaleur et de l’humanité là-dedans (excusez la qualité de la vidéo).

Quelques doutes…

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