Cinéma – Damien CHAZELLE : La la land (2016)

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De ce jeune metteur en scène, j’avais adoré l’opus précédent « Whiplash » (chroniqué sur ce blog), tout en tension, qui opposait un professeur de musique sadique à un élève doué, sur fond de jazz.

Après New-York, nous voici à Los Angeles, la cité des étoiles, où la route de Mia (Emma Stone), serveuse et apprentie actrice, croise celle de Sebastian (Ryan Gosling), pianiste passionné de jazz, qui voudrait ouvrir son propre club. Nous allons suivre leurs aventures d’amoureux contrariées, qui cherchent à accomplir leur destin.

Il y a bien des ressemblances entre cet opus et le précédent. Même fil conducteur, la musique, ici comédie musicale mâtinée de jazz, là jazzband, même sujet, comment aller jusqu’au bout de son rêve, aussi difficile et sacrificiel que ce soit. Et puis nous restons dans le domaine artistique, celui des musiciens et des acteurs. Mais la vision des choses est bien différente. Là où « Whiplash » n’était que nuit (atmosphère sombre des clubs de jazz ou des salles de répétition, noirceur du sujet), nous sommes ici dans un univers solaire et gai, empli d’énergie positive (une manière de faire le plein de vitamines en plein hiver !).

La collection de robes et de tenues colorées qu’arbore Emma Stone (et qui lui vont à ravir) nous entraîne dans un univers de quasi-conte de fées. Et pour aller plus loin dans cette veine et (peut-être ?) mieux entrelacer la musique à son oeuvre cinématographique, Damien Chazelle a pris le parti de faire de ce film une comédie musicale, qui rendrait comme un hommage aux films d’antan où Cyd Charisse, Ginger Rogers, Fred Astaire et Gene Kelly menaient la danse. Bien sûr nous pourrions objecter que Ryan Gosling et Emma Stone, malgré les heures de répétition, que nous sentons (très gros travail des deux comédiens), ne sont pas à la hauteur de leurs prestigieux aînés sur le plan technique. Mais qu’importe ! Ils s’en tirent plutôt bien, sont absolument charmants et pleins de vie et nous avons envie de les suivre jusqu’au bout de leur histoire.

Le réalisateur fait ici une oeuvre d’hommage au cinéma américain des années 1940/1950 et au jazz de la même période. Il ne cesse de glisser des références aux géants de l’époque ; ainsi voyons-nous une affiche de Judy Garland dans la chambre de Mia, Charlie Chaplin et Marylin aperçus en forme de peinture murale au détour d’une rue, les noms de Thelonious Monk et de Miles Davis (1) fréquemment cités par Sebastian, l’observatoire où se déroule la scène finale de la « Fureur de vivre » (2) qui devient un décor assumé du film présent… De grandes et subtiles références que nous ne pouvons qu’admirer chez ce jeune réalisateur d’un peu plus de trente ans, qui parvient avec une grande maturité (et une grande humilité, nous le sentons), à prendre appui sur toute cette histoire du cinéma et de la musique pour en faire autre chose en termes d’hommage.

Peut-être puis-je déplorer quelque longueur dans la deuxième partie du film ,qui s’essouffle un peu (il fait quand même un peu plus de deux heures), mais cela ne me fera pas bouder mon plaisir, film vraiment magnifique et plus profond qu’il n’y paraît.

Les deux comédiens principaux sont très bien ; je ferai quand même mention surtout d’Emma Stone, vraiment excellente. Notons qu’elle a joué dans « Magic in the moonlight » de Woody Allen (2014), qui fait ici résonance, pour le côté hors du temps et également pour l’importance des moments qui se jouent dans un observatoire (autre hommage de la part de Damien Chazelle ?)

A voir sans réserve !

FB

(1) Deux grands musiciens de jazz, le premier pianiste et le deuxième trompettiste.
(2) Film américain réalisé en 1955 par Nicholas Ray, avec James Dean et Natalie Wood et qui a pour sujet le mal-être des adolescents (« Rebel without a cause », pour le titre anglais).