Cinémas – James COLLET-SERRA : Instinct de survie (2016)

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Voilà un film étrange auquel j’ai repensé plusieurs fois depuis l’avoir vu il y a quelques jours, ce qui me pousse à écrire un (court) article à son propos.

L’affiche peut nous induire en erreur sur ce que nous allons voir, par la réminiscence qu’elle induit avec celle des « Dents de la mer » (Steven Spielberg, 1975). Mais nous le verrons, il y a quand même des correspondances à souligner entre les deux films.

La charmante Nancy (Blake Lively) se rend en Amérique latine pour retrouver une plage particulièrement chère à sa mère, décédée (tout du moins nous le supposons). Elle décide de faire du surf dans cet endroit isolé, où elle ne croise que deux amateurs de surf du coin. Lors de sa dernière incursion dans la mer, au moment où la nuit tombe, elle est attaquée par un grand requin, qui la blesse et la pousse à se réfugier sur un îlot à quelques centaines de mètres de la terre ferme. Parviendra t-elle à rejoindre la plage ? Le suspense est entier !

Film court (et donc nerveux), il permet à la tension de s’installer avec presque rien. Ici, à l’opposé du film de Spielberg, pas de grandes scènes spectaculaires de foule, juste quelques protagonistes occasionnels, le récit étant centré sur l’héroïne et sa lutte vitale contre le squale. Dans le vide humain et le huis-clos subséquent qu’il installe, il m’a fait penser à « Gravity » d’Alfonso Cuaron, 2013 (tiens, encore un réalisateur hispanique ! Coïncidence ? Je ne crois pas, le résultat aurait été nettement plus lisse dans les deux cas avec un cinéaste américain  ; pour le film de Cuaron, voir article sur le blog).

Dans l’économie dont s’entoure le film, citons également l’absence de scènes sanguinolentes et complaisantes, la violence étant réduite le plus souvent à du hors-champ ou masquée par la mer (peu voire pas de vues sous-marines de chairs arrachées ou de membres en sang).

Si j’allais plus loin dans ce que dit l’oeuvre, voilà ce que j’en tirerai :

  • c’est un film initiatique, bien sûr, Nancy ne repartira pas de cette plage dans le même état psychologique (au-delà du traumatisme physique) ; la dernière scène, consensuelle, nous la montre mûrie et toujours combattante
  • c’est un film sur les liens de l’homme à la nature ; croyant faire corps avec l’océan, dans une grande harmonie, l’héroïne découvre tout le danger que porte la nature, sauvage par essence, et la nécessité pour l’homme de lutter contre elle
  • c’est un film qui nous dit des choses sur la vision qu’ont les Américains (et peut-être les Européens) sur le reste du monde, terre de tourisme où l’on peut voyager seul sans rien connaître des us et coutumes et très peu de la langue (ici, pourtant, gros effort dans le design du personnage, elle comprend quelques phrases basiques en espagnol)

Intéressant, comme un film américain sur le même thème qui serait débarrassé de tout le superflu, je le recommande.

FB