Cinémas – Paul CALORI et Kostia TESTUT : Sur quel pied danser (2016)

sur quel pied danser

Encore une comédie musicale contemporaine, après « La vie est belge », chroniqué sur ce blog. Décidément, l’été est propice à la danse (1) ! Défendu par certains journaux à tendance de gauche parisienne, le film a reçu de très bonnes critiques et j’y suis allée.

Certes l’histoire est vraiment, vraiment sociale : soit Julie, jeune femme qui arpente sur sa mobylette la Drôme pour décrocher un emploi ; elle, qui n’a pas payé son loyer depuis un mois, se heurte malgré sa volonté, à des refus multiples d’employeurs divers, jusqu’à ce qu’elle soit miraculeusement engagée à l’essai comme manutentionnaire dans la fabrique de chaussures de luxe « Jacques Couture ». Elle tombe pourtant à un mauvais moment, car les ouvrières viennent d’apprendre qu’un « plan de modernisation » de l’usine est en marche ; ce qu’elles comprennent comme un plan de licenciement qui ne dit pas son nom. A partir de là, Julie est prise dans un dilemme : s’associer à la lutte de ces femmes (irruption dans le siège parisien, piquet de grève) ou tout faire pour préserver ce CDI si durement décroché ? Vient se greffer là-dessus une histoire sentimentale entre Julie et un camionneur, Samy…

Que dire ? Je sais que d’avoir vu récemment « Le fils de Saül » (voir article très très récent sur le blog) peut fausser mon appréciation ; enchaîner sur une oeuvre légère est un peu difficile.

Et pourtant… Rassemblant toute ma neutralité, je dois dire que ce que j’ai vu est assez insipide, sans couleur et sans saveur, un peu comme un « Canada dry » de toutes les dimensions que le film veut aborder. Le problème est d’ailleurs ici, dans le fait que cette oeuvre cherche à frayer avec plusieurs champs différents qui pris isolément s’avèrent plutôt fades.

Pour la dimension sociale : oui nous l’avions bien compris, nous sommes dans un plaidoyer pour la chaussure de luxe française, produite à Romans par des designers dont Stéphane Kélian était la tête de file. Piquet de grève sans relief, actions déjà vues mille fois, aucun nerf dans ce qui est censé être une lutte pour la conservation de l’emploi. Et que dire de la description du patron (incarné par Loïc Corbery) ? Elle est affligeante de manichéisme : à lui les belles voitures, les jolies femmes, les cigares millésimés… (Je ne fais que reprendre ici les dialogues du film).

L’intrigue sentimentale est pauvre et convenue, misérabiliste à souhait et pleine de poncifs du genre : je t’aime tu t’enfuis, je te rattrape et nous finissons ensemble…

Et enfin, le choix du genre comédie musicale, confiée à des « grands » de la chanson française actuelle, comme Jeanne Cherhal ou Clarika. Disons tout de suite que je n’aime pas tant que cela la chanson française actuelle, évanescente au point de disparaître, d’après moi, tant pour les voix, que pour la musique et les textes. Il finit par ne plus rien rester de musical, tant les voix sont chétives, les accompagnements minismalistes et les textes basiques à force de se vouloir quotidiens (2). Ici les textes jolis (c’est le seul mot qui me vient à l’esprit et qui n’est pas un compliment), les danses approximatives, tout ce qui aurait pu marcher ailleurs, si les metteurs en scène avaient donné plus de relief à un aspect de leur film, tout cela fait mièvre et convenu. Frayant avec le style si brillamment illustré par Jacques Demy, ce que j’ai vu est loin de se hisser à sa hauteur.

Je ne dirai donc rien des acteurs qui sont à l’unisson du film, juste au milieu ; François Morel n’a rien à faire ici et il le fait comme il peut.

C’est une « ratade » comme on pourrait dire chez moi, un objet tellement lisse et bien pensant socialiste-de-gauche et bo-bos parisiens qu’il en devient presque écoeurant, comme on dirait d’une glace à la vanille trop sucrée et trop lourde. Autant revoir d’autre films dignes de ce nom si vous voulez voir des films sociaux, par exemple l’excellent « Merci patron » (voir sur ce blog) ; ou alors Jacques Demy pour les comédies musicales !

Donc un film de moins à voir pour vous.

FB

(1) Que mes abonnés se tranquillisent, je leur épargnerai la critique de « Free dance » (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=238667.html) !
(2) C’était ma minute de mauvaise humeur dominicale !