Cinémas – Mamuro HOSODA : Le garçon et la bête (2016)

le garçon et la bête.jpg

Avec le temps magnifique qu’il faisait aujourd’hui, j’ai décidé d’aller tôt au cinéma pour profiter ensuite de la journée. Car je tenais à voir ce film, qui va bientôt sortir des écrans ; pour la salle, mon choix s’est porté sur le cinéma « Le Louxor », près de Barbès-Rochechouart, construit dans les années 1920, puis tombé peu à peu en décrépitude depuis les années 1980, jusqu’à ce que des associations de quartier se donnent comme objectif sa ré-ouverture, qui a eu lieu en 2013. Perdu dans un quartier populaire et cosmopolite (quartier africain juste au-dessus, quartier indien à quelques centaines de mètres à l’est, magasins Tati juste en face), il nous fait profiter d’une programmation pensée et rigoureuse, avec beaucoup d’attention au jeune public. C’est un bâtiment beau et original, doublé de salles bien confortables. Peut-être va t-il devenir une de mes salles favorites…

330px-Louxor_-_Movie_Theater_-_1930

Dans les années 1930

louxor

Et aujourd’hui

Et c’est un très beau film que j’ai vu là, dans la tradition japonaise des Studios Ghibli (et de leur maître, Hayao Miyazaki). Une histoire complexe d’hommes et de bêtes, qui vient nous rappeler combien l’interpénétration nature/humanité est importante pour cette civilisation.

Un jeune garçon qui vient de perdre sa mère, divorcée, se retrouve dans le monde parallèle des bêtes, où deux prétendants, Kumatetsu et Iôzen, vont s’affronter pour prendre la suite du Seigneur. Le premier, coléreux et autodidacte, sans enfants contrairement au deuxième, va prendre le jeune garçon, qu’il prénomme Kyûta, comme disciple, obéissant ainsi au Seigneur. Va s’ensuivre une relation complexe entre les deux protagonistes, ponctuée par des allers retours de Kyûta entre le monde des bêtes et le monde des humains, jusqu’à trouver son destin et dans le même mouvement, celui de son maître.

C’est une fable qui nous emporte hors des sentiers battus de l’animation (je ne suis pas sûre, d’ailleurs, que les enfants présents dans la salle aient compris de quoi il s’agissait), bousculant les évidences. Ainsi, le maître et son disciple continuent à avoir des relations coléreuses et d’affrontement, au lieu de peu à peu s’apprécier comme nous pourrions l’attendre. Ainsi les choix que fera Kyûta ne sont pas si attendus que cela et la fin ne sera pas celle que nous attendions.

Nous sommes devant un parcours initiatique original, d’un jeune adolescent qui doit trouver sa voie dans un monde actuel difficile (il est très intéressant de noter que revient assez souvent l’image de la dépression chez les jeunes protagonistes, incarnée par un vide laissé à la place de leurs coeurs et un petit ruban rouge qu’ils portent successivement au poignet, censé réduire leur angoisse). Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’un film de société, mais il s’ancre dans notre monde contemporain.

Tout cela sous-tendu par une place très importante laissée à la nature. Coexistent ainsi un monde des bêtes et un univers des humains, contemporain, à égale proportion. La magie est partout présente, pour ré-enchanter ces univers, s’intégrant de manière très fluide au récit, opérant des correspondances presque innées entre l’univers des humains et celui des bêtes. Nous sentons que tout cela fait partie du mode de pensée japonais.

Et cela donne lieu à de magnifiques images, oniriques et travaillées, au milieu d’un manga classique, lorsque l’imaginaire prend le dessus (voir ci-dessous la transfiguration d’un des personnages en baleine).

le garçon et la bête 2

Donc, je recommande, si vous aimez Miyasaki.

FB