Cinémas – Ettore SCOLA : Passion d’amour (1981)

A Ettore Scola (1931-2016), in memoriam

Voici un film que j’ai vu il y a longtemps et qui m’a hantée souvent. Réalisé en 1981 par ce grand maître du cinéma italien, à qui l’on doit des films aussi célèbres que « Affreux, sales et méchants » (1976), « Une journée particulière » (1977) ou « La famille » (1986), il nous conte une histoire dramatique et non conventionnelle.

Au XIXe siècle, Giorgio, capitaine, rencontre une femme mariée, Clara et entame avec elle une liaison ; muté dans une autre garnison, il prend l’habitude de dîner à la table du commandant et fait la connaissance de sa cousine, Fosca, d’une grande laideur physique selon les canons de l’époque et atteinte d’une grave maladie chronique, qui va se prendre d’une passion absolue pour lui.

C’est un film dérangeant car le cinéaste va aller jusqu’au bout de son histoire, nous montrant Giorgio pris au piège entre ces deux femmes, la très belle et douce Clara et l’irréductible Fosca, éprise d’absolu jusqu’à paraître plus qu’humaine. Pour autant le réalisateur nous fait un récit tout en finesse de cette opposition qui aurait pu prendre des allures de caricature, un peu comme dans le conte « La Belle et la Bête » où les apparences sont parfois trompeuses.  De la même façon, bien que nous soyons en apparence dans un monde d’hommes (des soldats, quintessence de la virilité s’il en est), deux femmes, absentes chacune à sa manière (l’une est loin, l’autre vit le plus souvent retirée dans sa chambre), s’avèrent bien plus présentes que leurs homologues masculins. Elles enveloppent le récit jusqu’à en devenir le centre.

Nous retrouvons dans la mise en scène une touche italienne évidente. Qu’est-ce que cela signifie, me direz-vous ? Et bien une envolée presque lyrique vers l’amour fou, sous-tendue par une mise en scène très élégante, mâtinée de grinçant et grotesque. Nous retrouvons là les deux thèmes chers aux réalisateurs italiens, qui oscillent entre beauté absolue, irréfragable et trivialité parfois obscène (cf. « Affreux, sales et méchants »  cité plus haut). Du côté de l’élégance et de la beauté pures, nous pourrions citer Luchino Visconti et à l’autre bout de la chaîne, Federico Fellini dans certaines de ses oeuvres. Ettore Scola se situe au milieu, conjuguant les deux extrêmes (avec dans ce film une tendance plutôt Visconti, à mon avis).

La distribution est magnifique, citons en tête l’incroyable Valeria d’Obici, actrice toute en vibrations (et qui accepte, chapeau bas, d’être si enlaidie pour ce film). Ettore Scola a convoqué quelques acteurs français de premier plan, Bernard Giraudeau, Jean-Louis Trintignant et Bernard Blier, chacun excellent en son genre, respectivement retenue, manipulation et truculence.

C’est un film mémorable pour moi, comme je l’ai déjà dit. Je l’ai déjà vu deux fois et je n’exclue pas de m’y replonger bientôt.

FB