Cinéma – William A. WELLMAN : Convoi de femmes (1951)

convoi de femmes

Un film où il est question de courage ! Western inhabituel dans la filmographie du genre, il met en scène un groupe de femmes – même si le rôle premier est tenu par Robert Taylor – qui s’affrontent à la nature hostile en une épique traversée des Etats-Unis d’est en ouest, dans les années 1850.

Née dans l’esprit d’un éleveur qui souhaite ramener des épouses aux hommes qui ont bâti avec lui le village qu’ils habitent, ce voyage de quelques 3000 kilomètres va se dérouler devant nos yeux, grâce à la ténacité du héros, bien sûr, mais aussi et surtout de ces quelques cent cinquante femmes que rien ne va arrêter – et pourtant le réalisateur ne leur épargne pas grand chose, serpents, glissements de terrain, orages diluviens, déserts arides, affrontements avec population indienne, concupiscence des hommes de main, tous incidents provoquant mort et désolation dans leurs rangs.

Nous assistons à une vraie réhabilitation des femmes comme protagonistes vraisemblables d’un genre essentiellement masculin. Abandonnant peu à peu certains attributs superficiels, notamment dans leur tenue – bien qu’elles n’endossent jamais de vraie tenue masculine -, elles font preuve de la même puissance physique que leurs alter ego (elles tirent à la carabine, déblayent des routes, conduisent les chariots*). Elles conserveront cependant jusqu’au bout leur féminité, comme le montre une des scènes finales où elles se parent de divers tissus comme autant de robes sophistiquées improvisées. A certains moments, elles apparaîtront même comme plus volontaires que l’homme qui les guide. C’est donc une réflexion nuancée sur le genre à laquelle nous assistons ici, presque cinquante ans avant l’émergence de notre tropisme actuel sur la « Diversité »😉 .

Pour entreprendre ce voyage désespéré, il faut que ces héroïnes soient plus que décidées, au pied du mur en quelque sorte. Ce sont des femmes qui n’attendent plus rien de la société dans laquelle elles vivent ; à l’instar des immigrants qui ont quitté leur pays pour le nouveau monde, elles entreprennent un voyage de la dernière chance pour effacer qui le décès d’un mari, qui un passé de prostitution, et se refaire une vie dont elles pourront être fières. Leur chemin sera jonché de pertes, comme autant de dépouillements leur permettant de trouver cette autre existence : mort d’enfant ou d’amies, abandon de leur mobilier, renonciation à l’hygiène de base. Car elles sont portées par une aspiration essentielle, fonder une famille avec l’homme dont elles ont choisi la photographie avant de partir ; une scène d’accouchement dans le désert, improbable et rude, en est une parfaite métaphore. Et l’arrivée à leur nouveau port d’attache prend des allures d’Eden, prairies verdoyantes et grasses sous le soleil, lac, fleurs et chants d’oiseaux ; un havre de paix après tant d’épreuves.

Tout le récit est soutenu par une mise en scène exigeante et très sobre, même dans les moments qui se veulent spectaculaires. La poursuite de Danon par Buck dans un canyon est à cet égard absolument magnifique, comme découpée dans le noir et blanc des canyons. William A. Wellman est un inconditionnel des décors naturels, qui sait en tirer toute la puissance qu’ils recèlent pour sculpter ici un film fait de roches, de soleil et de boue. Dans cet univers minéral, le cinéaste insère un collectif humain dont il excelle à peindre les relations, les tensions sous-jacentes ou avérées aussi bien que les mouvements d’entraide ou de bravoure. Il fait également exister devant nous de belles personnalités et j’en retiendrai deux : Danon (Denise Darcel), la jeune femme d’origine française, entêtée et fière et surtout Patience (Hope Emerson), grande femme bourrue et au grand coeur, véritable régulatrice du groupe entier à elle seule. 

C’est un très beau western tout en lignes de force, que je vous recommande.

FB

* La scène où elles conduisent les chariots le long d’une pente abrupte rappelle à mon avis celle de la traversée de la rivière dans « Tandis que j’agonise » de William Faulkner ; même combat rude de l’homme/la femme contre la nature, dramatisé sans afféteries.