Musique – Giörgy LIGETI : Etudes pour piano (1985-2001)

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Comme vous l’aurez constaté, je me hasarde peu à parler de la musique, considérant ne pas posséder les bases suffisantes pour argumenter sur les aspects techniques de cet art. Et pourtant, je me lance, car j’aime la musique, dans une célébration de cette oeuvre si spéciale que j’ai découverte il y a peu (Merci G. !). Habituée de la pop ou de la musique classique, voire des musiques du monde, comme nous appelons toutes ces expressions qui ne sont pas européennes (Ah, le rêve de domination de l’Occident n’est pas encore tout à fait passé ;-)), je ne pensais pas être un jour une adepte de la musique dite contemporaine. Et bien si !

Dans la lignée des « Etudes » de Frédéric Chopin, qui le premier a allié musicalité et difficulté technique (jusque là, il existait des pièces destinées à exercer les pianistes mais sans recherche esthétique particulière), Giörgy Ligeti nous offre des opus courts pour piano d’une très grande beauté. Pour une oreille non habituée à ce type de musique, l’oeuvre peut paraître dissonante. Elle est tout sauf cela. Si l’on écoute vraiment, se dégage une harmonie envoûtante. Quelque chose de nouveau, d’inédit, qui vient bouleverser nos connaissances et nous ouvrir vers d’autres dimensions. C’est comme cela que j’ai ressenti ces petits morceaux de beauté pure.

Contrairement à ce que l’on entend communément, ce n’est pas une musique intellectualisée, même si elle est extrêmement travaillée. Elle peut s’aborder avec innocence, même si la connaissance des oeuvres « classiques » permet de mesurer l’importance de la rupture. Très mélodique et expressive, elle déverse un flux vital qui ne cesse d’aller de l’avant. L’asymétrie apparente des phrases musicales jouées par les deux mains et les syncopes qui parsèment l’oeuvre -déjà présentes en filigrane dans l’oeuvre de Chopin-, loin de ralentir la cadence, font naître une énergie impressionnante. C’est une pulsation arythmique qui fait résonance dans notre for intérieur, peu différente en cela du flamenco par exemple. La musique s’empare alors de nous et nous fait vibrer.

Il y a des moments pour écouter Ligeti, comme il y a d’autres moments pour écouter Mozart ou Bach. Ce ne sont pas les mêmes et il est important que les deux existent.

J’aime beaucoup la version que donne de cette oeuvre Pierre-Laurent Aimard, grand pianiste, très expressif.

Pour achever de vous convaincre (j’espère), un des morceaux représentatifs de cette énergie (Livre 2, Etude n°13, « L’escalier du diable »). Je vous laisse vous faire votre idée.

FB

Et en contrepoint (ou en complément ?), l’étude n°2 opus 25 de Frédéric Chopin (par Alfred Cortot, excusez du peu !)