Peinture – Peter DOIG (1959- )

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Encore un peintre atypique, découvert en 2008 au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, par hasard. J’ai été enchantée par son oeuvre, il faut dire que l’environnement était complice : un accrochage très aéré (ce sont souvent de grandes toiles), sur fond blanc, et personne…

Cet Ecossais, qui a grandi entre Trinidad et le Canada, nous parle de la nature, mais de la nature avec l’homme. Un immeuble entre des arbres, un muret de pierres conduisant à une maison, un terrain de basket où le vert de l’herbe sent l’artifice, le reflet d’un homme dans une mare… Sûrement du fait de ses pays de résidence successifs, cette nature est neige ou jungle, indifféremment quant aux couleurs : le rouge peut entourer la neige et les couleurs froides construire une jungle.

Très inspiré semble t-il par un certain nombre de ses aînés, il mêle avec bonheur l’onirisme de Munch et de Klimt, des réminiscences de Gauguin, les images rectilignes et hyper-réalistes de David Hockney, les couleurs brutes du Fauvisme pour créer un monde bien à lui.

Sa peinture considère la nature comme un appendice de l’homme. Même s’il se perd un peu parfois dans cet univers complexe (le canoë à la dérive), l’homme la maîtrise, construit des immeubles, des terrains de baskets, des murets pour mieux l’encadrer et la domestiquer. Il a gagné et la nature est abordé d’un point de vue anthopocentré. Elle devient terrain de jeu et ressource (au sens actuel de « se ressourcer »). Elle doit donc être magnifiée et exaltée comme une dimension sauvage perdue. Dans cet univers, l’homme, corps étranger, essaye de s’inscrire dans un élan antagoniste de lutte et de communion à la fois et nous ressentons à la fois une grande paix et un pincement d’angoisse. De mon point de vue, cette peinture restitue bien la contradiction actuelle de l’humanité face à son environnement. Fascination et respect d’une part et besoin de domestiquer ce monde qui nous échappe, d’autre part.

Il faut aussi parler de la technique. Comme François Boisrond, dont j’ai parlé ici (voir article), Peter Doig travaille souvent à partir de photographies, qu’il interprète (1). De par sa grande maîtrise des techniques picturales (textures et couleurs), il rend à ce monde ses aspects bruts et francs qui viennent souligner encore son propos. Il faut un grand raffinement de l’art pour arriver à montrer cette simplicité.

J’ai lu que les toiles de cet artiste se vendaient fort cher ; espérons que cela n’altérera pas sa manière.
Et si vous voulez me faire un cadeau, à part un Caravage, vous savez quoi !😉

(1) N’est-ce pas le propre même de l’artiste d’être un médiateur entre le monde et nous-mêmes en le traduisant selon son ressenti ?

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