Il est des noms mythiques qui à eux seuls me donnent envie de voyager (c‘est ainsi par exemple que j’ai découvert Helsinki ou Kuala-Lumpur, simplement attirée par la puissance évocatrice du nom). Shangri La fait partie de cet imaginaire de résonances, j’en ai donc fait la dernière étape de mon voyage dans le Yunnan.
L’histoire du patronyme remonte à la publication par l’écrivain James Hilton du roman « Horizon perdu » en 1933 (je vous le recommande). En 2001, la ville qui s’appelait auparavant Zhongdian 中甸 (je pense que la signification est « les prés du milieu ») prend ce nom, pour attirer les touristes qui cherchent à retrouver les paysages et l’atmosphère incroyables du roman (notez que les Tibétains, qui représentent la moitié des habitants, appellent depuis toujours leur ville « Gyelthang »). Voilà qui m’a bien déconcertée, comment, ce nom mythique serait simplement un tour de passe passe touristique ?
Heureusement, quand je suis arrivée sur les lieux, j’ai compris que j’avais bien fait de suivre mon étoile. Je venais de Nuodeng (voir mon article) et j’avais traversé les Gorges du Saut du Tigre, cet incroyable endroit où les eaux du Yang Tsé Kiang se ruent entre deux falaises sur presque 20 kilomètres avec un dénivelé d’environ 200 mètres. La légende raconte qu’un tigre pourchassé aurait bondi au-dessus de ces gorges. Battues par les torsions de l’eau, elles sont surplombées par de bien hautes montagnes que le ciel capricieux et changeant ourle de velours gris ou de soleil et bleu.
Le changement, après avoir quitté les gorges, qui ne sont qu’à une heure de voiture de Shangri La, est soudain et étonnant. Les maisons se font rectangulaires et immenses, avec une dépendance adjacente toute vitrée, qui sert de séchoir naturel pour les céréales (l’orge, majoritaire ici) et les plantes.
Située à 3300 mètres d’altitude, la ville compte 180 000 habitants et une vieille ville faite de bois, presque entièrement détruite en 2014 par un incendie et reconstruite à l’identique depuis.
L’intérêt premier est la situation géographique. Shangri La se trouve dans une plaine entourée de montagnes qui culminent à plus de 4000 mètres, où se rencontrent les fleuves Yang Tsé Kiang et Mékong (et oui, nous sommes seulement à quelques centaines de kilomètres du nord de la Birmanie, magie de la géographie).
Étape sur la route des chevaux et du thé, elle a connu un premier moment de gloire au XVIIe siècle, quand le 5e Dalai Lama l’a choisie pour y construire un palais. C’est, depuis, une petite ville d’environ 200 000 habitants, qui puise ses ressources principalement dans le tourisme (et dans l’agriculture).
Mon hôtel, où je vais passer les quatre prochaines nuits, ne manque pas d’allure, construit dans les standards d’ici, bois et vitres.
Confortable, il faut le dire vite, car il fait 15°C à l’intérieur, une envie irrépressible me prend (à laquelle je ne résiste pas), d’enfiler tous les vêtements chauds dont je dispose. L’altitude se fait sentir… Je croiserai d’ailleurs bien des touristes armés de bouteilles d’oxigène portatives.
Lors des mes premières pérégrinations dans la vieille ville, je suis de nouveau frappée, comme dans les autres villes « musée » que j’ai visitées dans le Yunnan (voir mes articles précédents) par la prolifération des magasins proposant aux touristes (chinois) de se déguiser en tibétains ; je ne pense pas exagérer si je dis en avoir croisé plus d’une vingtaine de ces commerces dans la cité. Et bien sûr, tout autant de touristes arborant fièrement ces oripeaux pour se faire photographier un peu partout (jusqu’à parfois gêner mon cheminement).
Malgré cette apparence de « Disneyland », qui donne à la ville des allures de centre commercial pour touristes, les maisons, toutes de bois sculpté, avec leurs immenses fenêtres sont magnifiques.
Je croise aussi ces stupas blanches qui ornent les places ici. Typiquement tibétaines, elles arborent les cinq couleurs qui font référence aux éléments, bleu pour le ciel, blanc pour les nuages et le vent, rouge pour le feu, vert pour l’eau et jaune pour la terre.
La porte principale, croisement entre architecture tibétaine et chinoise, s’impose dans le bleu du ciel.
Depuis la terrasse qui jouxte ma chambre, je vois la ville parcourue par les nuages, et cet immense moulin à prières, que je suis allée visiter.

Le deuxième jour, je suis allée rendre visite au Temple des cent poulets 百鸡寺 ; non, non je ne plaisante pas, c’est un temple bouddhiste où, en guise d’offrande, les fidèles libèrent des poulets.
Il faut gravir bien des marches, l’altitude vous fait des pieds de plomb, une respiration courte, bref, le moindre chemin ascendant ressemble à un périple de l’extrême. J’ai croisé ces éoliennes combinées à des panneaux solaires, qui jalonnaient ma route, ingéniosité chinoise.
Et puis ce yack égaré sur un parking, les animaux ont ici quartier libre.
Mon ascension malaisée sur le plan physique, certes, me remplit les yeux de beauté, celle des nuages traversant le bleu du ciel, celle de ces drapeaux de prière multicolores, celle de cette ville qui s’étend au pied des montagnes.
Et puis le voilà, ce temple, humble et magnifique à la fois.
Entouré des volutes d’encens qui se consument en permanence (c’est une odeur typique ici, bien agréable je dois dire).
A l’arrière, il se fait plus majestueux, avec ce toit doré que je vais retrouver lors de mon récent voyage au Tibet (teasing…).
Et bien sûr, je suis allée visiter le Monastère de Songzanlin 松赞林寺. C’est le plus grand monastère bouddhiste du Yunnan, abritant 700 moines sur près de 34 hectares et construit au XVIIe siècle d’après les plans du Palais du Potala de Lhassa. C’est ma première rencontre avec ces bâtiments si représentatifs du bouddhisme tibétain. Il a, comme bien d’autres monuments, été détruit pendant la Révolution Culturelle dans les années 1970 et reconstruit à partir de 1983 (on ne dira jamais assez toute la violence de ces dix années sur le patrimoine du pays…).
Dès l’arrivée, la vision d’ensemble est spectaculaire, tous ces bâtiments qui étagent vers le ciel leurs murs percés d’innombrables fenêtres.
Les différents sanctuaires s’abritent derrière de sombres tentures en laine de yack, représentant certains des huit signes auspicieux du Bouddhisme.
A l’intérieur, c’est une explosion de couleurs et de dorures, le tout encore renforcé par les capiteux relents d’encens.
Au plus haut du monastère, une grande place ouvre sur les alentours.
Et nous révèle l’immensité des montagnes et du ciel.
Côté nourriture, j’ai bien sûr essayé les spécialités locales, la fondue de viande de yack, où j’ai plongé des légumes que je ne connaissais pas, le tout accompagné d’un pain d’orge.
Dans la ville nouvelle, où j’ai fait une excursion, un marché propose des produits laitiers issus du yack, beurre, fromage plus ou moins maturé.
Ces stands sont tenus par des femmes vêtues d’habits traditionnels, lorsque vous les croisez au hasard des rues, elles portent également un panier sur le dos qui leur sert à véhiculer à peu près tout.
Mon incursion dans cette partie moderne de la ville m’a montré d’autres aspects de la vie d’ici qui ont complété ce que j’avais vu dans la partie ancienne et bien touristique. J’aime beaucoup me décaler des chemins tout tracés…
Cela m’a permis de croiser des monuments bien différents des vieilles et belles maisons de bois qui étaient mon quotidien dans cette ville.
Et puis ce temple improbable, niché dans les hauteurs de la ville moderne.
Je termine mon récit par la visite du Lac Napa, qui jouxte la ville. Paradis pour les oiseaux migrateurs (oui, oui, même à 3600 mètres d’altitude…), il abrite en été des pâturages où s’égayent chevaux et yacks (ainsi que quelques touristes chinois nantis d’agneaux – pour ceux qui ont suivi…). J’ai arpenté tout son pourtour, en taxi et à pied, pendant de longues heures, me laissant imprégner par le vent qui agitait les nuages et la vision de cette immensité aqueuse parcourue de cette faune d’ici.
Et voilà, je vous ai emmenés avec moi dans cette promenade au bout du monde, dans cet endroit tellement spécial. J’espère que vous aurez apprécié.
FB



















































Merci pour ce reportage accompagné de magnifiques photos. Un regal, une fin d’aventure en splendeur. Bravo !
Merci Caro.
Splendide reportage – que de merveilles ! Merci et souhaits pour de nouvelles belles découvertes, en hauteur ou pas .
Merci pour ce commentaire, j’essaye d’arpenter ce si vaste pays !