Chine – Chine – Portraits en temps de pandémie, épisode 4 (2022)

L’arme absolue pour lutter contre la pandémie qui assaille le pays de partout, c’est la détection. Il faut frapper vite et fort, trouver au plus tôt et isoler les cas douteux (qu’ils soient positifs ou cas contacts).

Parlons un peu de l’isolement, il existe une hiérarchie subtile entre les situations, en une taxinomie que n’auraient pas désavouée les scientifiques européens du XIXe siècle :

  • Si vous êtes cas contact de très très près, vous passerez 5 jours en quarantaine centralisée dans un hôtel choisi par le gouvernement (exemple : une salariée de l’entreprise où je travaille, dont le mari est allé déjeuner dans un restaurant où il y avait un cas)
  • Si vous êtes cas contact d’un peu moins près, vous passerez 5 jours en quarantaine chez vous, vous aurez le plaisir et l’avantage de voir des gens habillés en non-tissé blanc venir poser une serrure magnétique sur votre porte (exemple : une salariée de l’entreprise où je travaille qui est allée avec son mari dans un supermarché où travaillait un cas). Si vous n’avez pas compris la différence avec le cas cité plus haut, rassurez-vous, moi non plus.
  • Si vous venez de l’étranger, vous aurez droit systématiquement à 5 jours en quarantaine centralisée, plus trois jours chez vous, si 1/vous avez déjà un chez vous et 2/si votre chez vous vous accepte. Intermédiaire entre les deux cas cités ci-dessus, car vous êtes suspect a priori, venant d’un de ces pays étrangers qui décidément ne savent pas gérer cette épidémie.
  • Si vous êtes positif, vous irez directement en hôpital, sans passer par aucune des cases de quarantaine (et à la place de 10 000 francs, vous recevrez un bon nombre de tests PCR) et vous ne sortirez que quand deux de ces tests seront négatifs à 24 heures d’intervalle. Récemment, un couple d’amis nantis de deux enfants de deux et sept ans ont passé plus de deux semaines dans cet environnement si hospitalier (c’est le cas de le dire…)

Vous noterez la marge d’appréciation laissée aux autorités locales, qui se double d’ailleurs d’une interprétation libre du nombre de jours, car tout dépend à partir de quelle date on raisonne. Certains comptent à partir des faits (vous êtes passés dans un endroit dangereux un dimanche, vous restez 5 jours à partir de cette date, même si on ne vous retrouve que le mardi, donc vous serez libre vendredi), certains à partir de la découverte du cas potentiel (dans mon cas de figure, vous aurez droit à une quarantaine jusqu’au dimanche suivant), vous suivez ? Innovation et interprétation, c’est ce qui fait tout le charme de ce pays.

Pour mettre en oeuvre ces mesures que même le Roi Ubu n’aurait pas imaginées, il faut des armées de petites mains qui traitent l’immensité des données collectées via les téléphones des gens. Car il faut retracer qui est allé où et cela à une échelle de plus en plus grande au fur et à mesure que l’épidémie s’étend (j’espère, pour ces pauvres employés, qui doivent être au bord de l’épuisement, qu’ils ont un bon salaire et bénéficient d’une prime de risque). Et cela nous donne des communiqués nous expliquant les trajectoires des cas et des graphiques établissant la généalogie des cas contacts, dont je ne peux m’empêcher de vous livrer un exemplaire (il n’est pas clair, je ne peux faire mieux, c’est simplement pour vous montrer l’étendue du travail de traque).

Chaque point représente un cas

Ce qui permet d’élaborer ces merveilleux et scientifiques graphiques, ce sont ces points de contrôle qui parsèment la ville, j’ai nommé les stands de tests PCR 做核算的地方.

Cela me ramène à mes portraits, pour vous présenter le plus emblématiques des officiants.

Celui/celle qui fait les tests PCR

A côté de mon bureau, je pense que c’est une femme mais je ne le jurerai pas.

En tenue blanche et bleue, assortie aux couleurs de la cahute où elle/il se tient, elle/il est également revêtu de tous les attributs de la lutte contre la pandémie, masque, visière, sur-chaussures et gants, tenue parfois agrémentée de lunettes de protection (notons que quand elle/il porte des lunettes de vue, elle/il semble avoir une dérogation). Contrairement à ses collègues, celui/celle qui garde la queue et celui/celle qui vous enregistre, elle/il ne se permet aucune fantaisie dans sa tenue, elle est réglementaire, jusqu’à la couleur du masque, qui est toujours blanc.

Blanc et bleu, c’est une évocation de pureté et de santé qui rassure en ces temps de sévère pandémie, nous avons tout de suite l’impression de nous en remettre à des professionnels. Et pourtant le niveau de formation de ces officiants reste énigmatique. Ils n’ont pas, à la différence de ceux qui enregistrent les patients, besoin de connaître les chiffres et les lettres, leur niveau de connaissance médicale est très inégal, certains confondant la glotte avec la langue ou le palais, bref le savoir-faire semble bien approximatif.

Bardés de tubes éprouvettes, de gel hydro alcoolique, de lingettes et autres accessoires sanitaires, dont ils amassent d’importantes provisions dans leur cahute, ils ont pourtant belle allure et font impression. Lorsque vous retirez votre masque et que vous ouvrez la bouche, vous avez l’impression de sacrifier à un rituel presque sacré ; pour peu que vous soyez l’heureux porteur de l’éprouvette dans laquelle seront stockés les échantillons (si 10 personnes vous ont précédé), vous êtes comme investi d’une mission quasi-divine. Pensons à la Sainte Ampoule qui servait à l’onction des nouveaux Rois en France (j’ai quand même eu une pensée pour la sainte gourde de « La vie de Brian », Monty Python, qui me paraît plus au diapason de l’absurdité ambiante).

J’ai parfois vu des signes de fatigue ou de vague à l’âme chez certains d’entre eux, difficile de garder un moral d’acier dans ces endroits d’abattage, où se succèdent des dizaines de personnes qui plus est susceptibles de vous infecter de manière bien sournoise. Derrière les lunettes de protection, au-dessus du masque et en marge de la cagoule en non-tissé, nous pouvons parfois saisir un regard bien las.

FB