Cinéma – David YATES : Les animaux fantastiques, les secrets de Dumbledore (2022)

En 2016, j’étais allée voir le premier opus de cette saga et j’avais trouvé le film bien intéressant. Pour l’histoire d’abord, ces bêtes fantastiques encloses dans une valise et ensuite pour les acteurs, Eddie Redmayne en tête, tout en subtilité et étrangeté, qui portait le film, mais aussi pour les second rôles assez improbables, dont celui de Jacob Koswalski (porté par le comédien Dan Fogler qui crée un personnage plein de pétulance et de gentillesse à la fois) et enfin pour les décors, assez époustouflants, je dois dire, avec notamment ces villes modernes à l’allure moyenâgeuse, un peu improbables. Dans la lignée de Harry Potter pensais-je, ce qui n’avait rien d’étonnant puisque J.K. Rowling était à la manoeuvre pour le scénario… Je ne croyais pas si bien dire !

Je n’ai pas vu le deuxième opus, je dois dire. Et là, à Pékin, une journée plus polluée que les autres, je me suis réfugiée dans une salle obscure pour voir le troisième film de la série (je vous rassure, vous pouvez directement passer du premier au troisième sans véritable rupture).

La différence entre les deux affiches aurait dû me mettre la puce à l’oreille…

Nous sentons une certaine originalité sobre ici et Eddie Redmayne est tête d’affiche
Là je pourrai confondre avec bien des blockbusters… Et le pauvre Eddie n’est plus qu’un faire-valoir

Et mon intuition était la bonne. La machine à formater les blockbusters était passée par là. Avec en plus l’idée de raccrocher cette histoire (presque) indépendante à la la saga des Harry Potter (bingo !), en faisant de Dumbledore le personnage principal. Et voilà comment vous obtenez cet objet hybride, dans lequel le récit original n’est plus et où le suivant s’esquisse à grand peine. J’avais eu la même impression avec le « Hobbit » de Peter Jackson, qui revendiquait une généalogie avec le Seigneur des anneaux (tout à fait à tort, car J.J.R. Tolkien a écrit la première oeuvre bien des années avant de penser à la seconde).

Bref, nous ne savons plus où nous sommes vraiment, les décors ont beau être superbes et parfois stupéfiants, je le reconnais, tout semble comme arasé dans l’histoire. Jude Law, excellent acteur au demeurant, est tellement fade que j’ai eu du mal à le reconnaître. Et comme il « cornerise » les autres, Eddie Redmayne en premier lieu, qui faisait l’objet de toute notre attention dans le premier opus, il ne reste plus grand chose qui puisse soutenir notre attention dans le jeu (le quoi ?) des acteurs, malgré la grande attention apportée à leurs costumes (qui deviennent comme des enveloppes vides si je pousse le trait un peu loin, car j’ai fini par les inspecter comme si j’assistais à un défilé de mode, là un bien beau bouton, ah oui, cette alliance de couleurs est bien réussie, etc… Tellement tout le reste était sans relief. Non j’exagère, j’ai joué au même jeu pour les décors !).

C’est un mal qui gagne, malheureusement, je suis de moins en moins séduite par ces films à grand spectacle, qui finissent par momifier d’excellents acteurs et de très bons scénarios en base, ensevelis sous le poids des effets spéciaux et des exigences de rentabilité.

Dommage pour tout cet argent englouti pour rien (200 millions de dollars quand même), si j’osais, j’ajouterais : dans un temps où d’autres causes vitales, comme l’Afghanistan ou même l’Ukraine en auraient bien besoin.

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