Cinémas : Juan SOLANAS : Upside down (2012)

Et voilà, je me suis encore fait avoir ! Encore un film bien inutile à ajouter au panthéon des films d’anticipation ratés, avec en plus, ce qui me fait particulièrement enrager, une très belle idée de départ gâchée…

L'affiche aurait dû me mettre la puce à l'oreille...

L’affiche aurait dû me mettre la puce à l’oreille…

Et pourtant, le CV du metteur en scène laissait présager autre chose ; argentin, issu de ce cinéma qui nous donne depuis quelques années des films fort intéressants (voir récemment mon article sur ce blog à propos des « Nouveaux sauvages ») ; confronté à la grosse machine filmique américaine, il pouvait nous donner un produit original (nous avons vu récemment une pépite issue de cette hybridation, « Birdman« , voir article sur ce blog également). Mais hélas, bien d’autres s’y sont perdus dans le même genre, comme récemment Neil Bloomkamp, réalisateur du très fort « District 9 », qui se fourvoie avec « Elysium » puis « Chappie » (1).

Voici l’histoire en quelques mots : dans deux mondes inversés (l’un étant le ciel de l’autre, vous voyez ?) vivent une jeune fille (en bas) et un jeune homme (en haut) : vous suivez toujours ? Et bien sûr, ils tombent amoureux, d’un amour contrarié, bien sûr, par les lois de la gravité, mais aussi par une hiérarchie sociale qui double cette loi physique : en bas les nantis, en haut ceux qui triment pour eux dans un univers pollué et industriel (2).

Je vous vois venir, vous allez me dire que cela peut faire une très bonne comédie romantique sur fond d’anticipation, surtout avec une actrice comme Kirsten Dunst (3) et un jeune acteur craquant et tout mignon, Jim Sturgess. Et bien oui, vous répondrai-je, c’est justement pour cela que je voulais voir ce film.

Ne sont-ils pas mignons ?

Ne sont-ils pas mignons ?

Surtout lorsqu'ils sont nimbés de lumière surnaturelle...

Surtout lorsqu’ils sont nimbés de lumière surnaturelle…

Malheureusement, après avoir posé cette idée de départ si intéressante, le cinéaste déserte, s’en va peut-être faire quelque chose de plus important, nous ne savons pas, bref, nous laisse seul face à des images soit-disant superbes, saturées de couleur, qui doivent sûrement se suffire à elles-mêmes, porter une signification intrinsèque qui nous permettra de survivre, nous aussi, à presque deux heures de film quasiment sans scénario, sinon un recyclage – vraiment – paresseux de tous les clichés à la fois du genre romantique et de l’anticipation.

Des bureaux esthétiques qui vous feraient presque accepter l'open space

Des bureaux au design lumineux qui vous feraient presque accepter l’open space

Plus esthétisant, tu meurs

Plus esthétisant, tu meurs

Il y a bien un monde d'en haut et un monde d'en bas, je confirme

Il y a bien un monde d’en haut et un monde d’en bas, je confirme

Vous remarquerez le magnifique coucher de soleil post-apocalyptique

Vous remarquerez le magnifique coucher de soleil post-apocalyptique

Alors là n'en jetez plus !

Alors là n’en jetez plus !

Vous ne trouvez pas que l'on dirait le jeu vidéo "Myst" ?

Vous ne trouvez pas que l’on dirait le jeu vidéo « Myst » ?

Passons sur l’histoire d’amour, qui pourrait peut-être convaincre le lectorat d’Harlequin (4), mais nous pouvons également faire une croix sur l’histoire d’anticipation ; nous avons compris bien sûr que nous nous trouvons dans un monde différent – il n’est pas si commun de voir un monde inversé au-dessus de soi lorsque l’on lève les yeux – mais nous n’en saurons rien de plus, le matériau scientifique du film se bornant à imaginer comment l’on peut transgresser la loi de la gravité et descendre (dans un premier temps, ah ah, même moi je l’aurai trouvé, je vous le donne en mille : avec des semelles de plomb !). A l’instar de ces semelles, tout est lourd, si lourd et pourtant vain, si vain…

Tout ça pour ça. Dommage.

FB

(1) Pour une critique synthétique et percutante, voir mon collègue Marcorèle en suivant le lien : https://cineluctable.wordpress.com/2015/03/13/chappie-de-neill-blomkamp-2015/#comment-1785
(2) Notons l’effort d’originalité dans l’inversion : a priori nous aurions plutôt mis en bas les classes laborieuses et en haut l’élite sociale, et bien non, bousculons les a priori, pour une fois – et la seule du film qui va ensuite s’enliser dans un classicisme bon ton.
(3) Ah, « Melancholia » de Lars Von Trier…
(4) Et encore, pour en avoir lu pas mal, il y a plus de rebondissements dans leurs 150 pages qu’ici.