Théatre : William SHAKESPEARE et Thomas OSTERMEIER – Mass für mass

Pour déroger à mon habitude Comédie française, je me suis aventurée aujourd’hui au Théatre de l’Odéon, pour voir une pièce de Shakespeare mise en scène par Thomas Ostermeier. Metteur en scène très moderne, récompensé, tout cela dans le théatre géré par Olivier Py. Cela promettait un spectacle un peu décalé.

Décalé, cela l’a été, certes. Je ne connaissais pas la pièce, classée dans les tragi-comédies (moitié/moitié), qui pose un dilemne moral intéressant.

Quelques bonnes idées de mise en scène (des chants français XVIe/XVIIe siècle, toute la troupe sur scène tout le temps avec des jeux de retraits pour les non protagonistes de la scène). Un karcher comme symbolique du retour de la pureté dans le Duché (et encore nous pouvons douter du bon goût de l’image).

Mais pourquoi nous infliger le découpage en live d’un demi-porc mort (d’abord une cotelette, puis le pied, puis la tête…Aaaa louette ! – à la tronçonneuse pour la dernière partie, et sur scène). Une allusion à la mort par exécution ? Certes, mais pourquoi l’imager de manière si évidente. Et puis le sang du porc qui sert à marquer l’héroïne vierge au niveau du pubis, sur sa robe de novice… Et puis ces costumes hors de propos (voir image plus bas).

Jouant à la fois sur la référence allusive (tellement allusive que je n’ai pas compris grand chose…) et sur le démonstratif virant au grotesque (pourquoi cette scène de quasi masturbation de Lucio, qui n’a rien à voir avec le propos ?), la mise en scène est symptomatique de notre époque : nous voulons à tout prix rajeunir, moderniser des textes qui n’en demandent pas tant. Cette pièce a été écrite dans un contexte particulier, et parle de concepts de l’époque en question (notamment celle de la virginité et de son importance, qui n’est plus la même maintenant). La mettre en scène est s’employer à en restituer l’essence au spectateur. La ligne est mince pour un metteur en scène, entre la fidélité à l’oeuvre et la nécessaire envie de créer. Thomas Ostermeier n’a pas réussi, de mon point de vue, à trouver l’équilibre entre les deux.

FB