Charles Vidor (1909-1959) – à ne pas confondre avec King Vidor, un de ses contemporains, est un cinéaste né en Hongrie qui a émigré en 1924 aux Etats-Unis et est notamment connu pour son film chef d’œuvre « Gilda » (1946).
Deux ans avant, il tourne avec sa future héroïne, la toute jeune Rita Hayworth, cette comédie musicale où elle donne la réplique à Gene Kelly.
La trame est assez classique : Rusty Parker (Rita Hayworth), meneuse de revue dans le cabaret de Danny Mc Guire (Gene Kelly) à New-York, se voit offrir l’opportunité de devenir une vedette à Broadway, après avoir gagné un concours pour poser sur une couverture de magazine. Elle va se retrouver devant un dilemme, entre suivre son cœur ou opter pour la célébrité.
L’intérêt du film n’est pas là, l’intrigue est un peu tirée par les cheveux (je fais allusion à l’histoire de sa grand-mère) et ne suffirait pas à éveiller notre intérêt s’il n’y avait les à-côtés, tout ce qui va habiller cette structure pour lui donner une forme excitante et irrésistible.
Tout d’abord la forme comédie musicale est ici passionnante car nous sommes dans un film de transition entre ce qui se faisait dans les années antérieures (par exemple « Hellzapoppin » en 1941), les shows avec des « girls », et la nouvelle vague, menée par Gene Kelly, qui signe ici les chorégraphies. Œuvre charnière, le film nous montre une large palette de numéros dansés et chantés, en forme de chronologie historique du mouvement. Les morceaux sont éblouissants, certains vraiment inédits, comme « cover girl », où des femmes plus belles les unes que les autres prennent la pose pour devenir des couvertures de magazines et surtout celui où Gene Kelly danse avec un double de lui-même, effets spéciaux avant la lettre (je ne devrais pas dire cela, je viens de visiter le Musée du cinéma à Paris, et George Méliès a bien sûr l’antériorité – mais si vous voyez le film, vous comprendrez mon propos !).
Ajoutez à cela des costumes somptueux – ah ces robes des années 1940, elles sont à tomber – magnifiés par le technicolor ; d’autant plus que le costumier, Travis Benton, a habillé les actrices les plus emblématiques de l’époque, Carole Lombard, Marlène Dietrich et Gene Tierney, entre autres.
L’humour et la légèreté qui parcourent les scènes ajoutent du dynamisme à l’ensemble (ne serait le comique Phil Silvers, qui en fait des tonnes jusqu’à ne plus amuser personne). Elles se teintent de réminiscences de la guerre, nous verrons par exemple Gene Kelly en tournée pour divertir les soldats, mais nous sentons que cette époque est révolue, il faut maintenant s’amuser et reprendre le cours du rêve américain.
Citons enfin la beauté et le charme de Rita Hayworth, ainsi que l’évidence de son jeu d’actrice. Elle nous envoûte du début à la fin du film.
A voir.
FB

Tu nous enchantes avec cette chronique magnifique. Je ne connais de Charles Vidor que son sublime « Gilda » (sur lequel j’ai d’ailleurs publié un article), et désormais je rêve de voir cette comédie musicale haute en Technicolor et pas chassés de Gene Kelly. Merci.
Oui, c’est une pépite, je le conseille vivement.
Merci pour ton gentil commentaire.