
Après « La fabrique du mensonge » et « The brutalist », voici le troisième film évoquant la Shoah qui sort sur nos écrans en quelques semaines. Est-ce parce qu’il est plus « léger » que les deux autres (qui étaient particulièrement sérieux et graves) qu’il ne m’a laissé qu’une impression fugace ?
Pourtant, Jesse Eisenberg, que nous avions découvert, la plupart d’entre nous, dans « The social network » de David Fincher (2010), nous livre ici un récit authentique, aux accents autobiographiques, puisqu’il est lui-même Juif d’origine polonaise (il en a d’ailleurs la nationalité).
L’histoire, d’abord. David et Benjamin Kaplan, deux cousins juifs américains, décident de faire un voyage mémoriel en Pologne, non seulement pour visiter les lieux de la Shoah mais aussi pour aller voir la maison de leur grand-mère, émigrée aux Etats-Unis et qui vient de mourir. Ils vont se joindre à un groupe de visiteurs, ayant chacun leur propre motivation pour ce voyage et nous allons à la fois découvrir la personnalité de ces touristes et les lieux de mémoire qu’ils visitent.
C’est finalement un récit assez classique, un « feel good movie » avec quelques accents de gravité (la visite en Pologne ressemble plutôt à un prétexte), centré sur les relations humaines avec un focus principal sur les liens entre les deux cousins.
Le cinéaste les a nantis de personnalités très affirmées ; David (joué par le réalisateur lui-même) est un new-yorkais introverti à vie bien rangée alors que Benjamin est une éponge émotionnelle, plein d’empathie et capable de de sur-réagir sans signe avant-coureur ; il est aussi très libre dans son comportement, éternel adolescent marginal. Leurs relations sont à la fois fusionnelles et explosives, comme nous le verrons ici.
Benjamin, c’est Kieran Culkin, qui nous livre ici une formidable prestation, composant un personnage complexe, toujours sur le fil du rasoir (il a d’ailleurs reçu l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, ce qui n’est que justice). Jesse Eisenberg, lui aussi à remarquer, a pris le parti judicieux de se mettre en retrait pour mieux laisser exister ce cousin hors-norme. J’ai été également contente de revoir Jennifer Grey, l’héroïne de « Dirty Dancing », toujours aussi douce et mystérieuse
Alors pourquoi ne sommes nous pas emportés ? Sûrement parce que le contenu est trop ténu, l’histoire manque de relief et ne nous tient pas en haleine. Et la Pologne n’est presque qu’un décor, nous ne sentons pas d’authenticité dans ce voyage, malgré un passage par le camp de Majdanek. Trop de délicatesse finit par assourdir le propos.
Demeure un agréable moment, rythmé par la musique de Frédéric Chopin, artiste tout à fait indiqué ici pour nous faire traverser ce road movie en demi-teinte.
FB
Retour mitigé donc. J’espère néanmoins pouvoir le voir avant qui ne s’échappe des salles.
Oui, ce n’est pas un film raté, je l’ai simplement trouvé très fade face aux deux autres, avec la Pologne comme un prétexte (ils auraient pu aussi bien partir retrouver leurs racines en Angleterre).