En voilà un bien joli nom pour un temple, le « Temple de la loi et de la mer » (j’ai vu que les guides inversaient les mots, mais je dois rendre justice à la langue chinoise). Situé dans Pékin et quand même à 25 kilomètres du centre, il fait transition entre ville et nature, et après avoir emprunté des artères bien urbaines, nous nous retrouvons à finir notre périple à pied dans un environnement particulier. Il nous faut en effet emprunter la Rue Moshikou 模式口, qui faisait partie de la route Jingxi, reliant depuis l’époque de la Dynastie Ming les montagnes de l’ouest (jusqu’au Shanxi et même jusqu’à la Mongolie) pour apporter à la capitale charbon et autres fournitures, à dos d’âne, de cheval, voire de chameau. C’est une voie à l’allure assez inhabituelle dans la capitale, bordée d’édifices bas qui gardent l’aspect de l’ancien village, et en partie piétonnière.
Et finalement bifurquer vers la droite, au travers de petits chemins plutôt surprenants.
Subitement la ville fait place à la nature, qui entoure le temple comme une protection contre toute cette insolence urbaine qui n’en finit pas de gagner du terrain.
Construit entre 1438 et 1443, à l’époque Ming (rassurez-vous, comme partout ici, il est très refait, déjà à l’époque Ming même, puis plus près de nous en 1953, en 1982 et enfin en 1986), par un eunuque impérial, Li Tong, qui profita des ouvriers embauchés pour construire la Cité Interdite et des matériaux de la même provenance, il est désormais considéré comme patrimoine national et protégé (ouf !), espérons qu’il ne subira pas d’autre rénovation d’ampleur.
Le lieu, en plus de l’harmonie de ces bâtiments étagés sur trois terrasses à flanc de montagne, abrite un vrai trésor, des fresques de l’époque Ming, qui occupent près de 230 mètres carrés et ont échappé à la destruction sous la Révolution Culturelle, protégées par la poussière et l’obscurité de la salle qui les abrite (à noter que cela n’a pas été le cas des statues, bien peu en ont réchappé).
Lors de ma première visite, j’ai bien sûr voulu aller les voir, mais il fallait réserver à l’avance. Ce que j’ai essayé de faire sans succès en ligne, les sites n’acceptant que les cartes d’identité chinoises. Jusqu’à ce qu’une de mes collègues trouve une photo prise sur place dans le temple avec un Q/R code permettant aux étrangers de réserver… Le seul problème est que vous ne pouvez pas réserver pour le même jour. Donc, je résume : vous allez là-bas (25 kilomètres, quand même), vous réservez pour un autre jour, vous repartez et puis vous revenez. Merveille des processus parfois ici…
Le temple original possédait un hall principal, quatre halls auxiliaires et, comme dans bien des temples bouddhistes, une tour de la cloche et une tour du tambour dans la cour principale. Il ne reste plus que certains bâtiments aujourd’hui, même si le temple garde belle allure.
Allez, avant de vous dévoiler la merveille des merveilles, ces fresques Ming parmi les plus belles de Chine, je vous emmène avec moi à la découverte de cet endroit bien intéressant lui aussi.
Juste après l’entrée, deux pergolas se font face dans l’immensité de la nature et du ciel, remplaçant les tours du tambour et de la cloche.
Vient ensuite le hall des Rois du ciel, qui abrite la figure d’un Moine réincarnation d’un Maitreya (humain sur le point de trouver la lumière et de se transformer en Bouddha).
Dans la cour suivante, qui donne sur le Hall du grand Bouddha, où je vous amènerai plus tard, deux immenses arbres inédits lancent leur blancheur ancestrale vers le ciel. Il s’agit de pins blancs, d’une variété très particulière, qui abritent le temple du haut de leurs siècles, comme des vieillards toujours alertes. Ils sont tout simplement splendides.
Il faut ensuite zigzaguer et prendre des chemins de traverse, c’est assez sympathique, pour rejoindre les salles les plus hautes, qui vous donnent une vue magnifique sur les alentours.
Pour finalement parvenir au bâtiment le plus haut, dit « Dépôt des sutras », où étaient abrités les livres (sutras) du temple.
Revenons vers l’intérêt principal du lieu, les fresques. Pour les voir, il faut laisser tous ses effets personnels en consigne, revêtir des sur-chaussures et un masque et attraper une lampe torche qui vous permettra de faire sortir de l’obscurité ces magnificences picturales. Que dire ? Tout est superbe, nous ne savons où poser nos regards. Sur cet empereur et son épouse, sur ces Bouddhas installés sur des nuages, sur ces mille détails de fleurs et animaux…
L’état de conservation est impressionnant. Des analyses ont montré que les techniques employées étaient particulièrement raffinées, n’oublions pas que ces peintures sont dues à des artistes de la cour impériale. D’où la lumière des couleurs et l’impression de vie dégagée par ces figures.
Se détache la figure de Guanying de l’eau et de la lune, la plus célèbre fresque du temple, de presque 5 mètres de haut. Nous pouvons rester des heures à essayer de déchiffrer et d’emporter avec nous le raffinement des détails picturaux, où l’or des parures se mêle à la beauté des voilages.

Il faut du temps pour tout voir et il vous sera compté, pas tout à fait une heure. Heureusement, dans le bâtiment suivant, en montant, vous trouverez des copies parfaitement fidèles que vous pourrez admirer sans compter (mes photos sont tirées de là).
En repartant, j’ai gardé longtemps ces images avec moi.
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Ces fresques se méritent mais elles sont réellement merveilleuses ! J’aime beaucoup ce dragon qui me semble familier. J’imagine qu’il a des milliers de semblables mais celui-ci me parle.
Encore merci et bravo pour cette belle escapade partagée.
Peut-être dans « La Dame à la Licorne », plus tardive mais avec des similitudes, des parterres de fleurs avec des animaux notamment. Merci pour tes encouragements, je suis actuellement en Anhui, province très épargnée par les destructions et je croise sans cesse des décors de films de Zhang Yimou ou Ang Lee. A suivre.
Les couleurs des fresques (et du temple lui-même) sont époustouflantes. Merci pour ce voyage (tu peux regarder WhatsApp ?)
Merci pour ton commentaire. Et je ne peux pas regarder WhatsApp pour le moment (impossible de l’ouvrir sur mon téléphone chinois et je ne suis pas à Pékin). Je regarde ASAP.
Étonnantes fresques, merci de nous faire découvrir toutes ces beautés. 🙂