Cinéma – Mike JUDGE : Planet stupid (2006)

Je dois dire que j’ai une passion pour les films que j’appelle « déjantés », en tout quelques pépites réalisées aux USA dans les années 2005/2010. Si je place en haut de la liste « Dodgeball » (Rawson Marshallais Thurber, 2004), où l’on voyait l’affrontement hilarant de Vince Vaughn et de Ben Stiller autour de la propriété d’une salle de sport, il faut aussi en mentionner d’autres. « Zoolander » (Ben Stiller, 2001), « Ricky Bobby roi du circuit » (Adam Mc Kay, 2006), « Les rois du patin » (Will Speck, 2007) et « Rien que pour vos cheveux » (Dennis Dugan, 2008) ; toute une décennie ponctuée de films barrés et irrespectueux, où, si les cinéastes se renouvelaient, nous croisions souvent les mêmes acteurs, Vince Vaughn déjà cité, Ben Stiller, Will Ferrer, Justin Long et des transfuges de Wes Anderson, Owen Wilson et Luke Wilson, que nous allons retrouver ici (1).

C’est un film dystopique court, moins d’une heure et demie, qui tient sur la longueur autour d’un argument jouissif et finalement très actuel.

En 2005, face à la baisse dramatique du quotient intellectuel de l’humanité, les militaires lancent un programme pour congeler leurs meilleurs éléments et les réveiller dans le futur. Pour éprouver le processus, ils choisissent Joe Bauers, militaire pantouflard (Luke Wilson) et une prostituée, Rita (Maya Rudolph), avec pour objectif de les réveiller un an après. En raison de péripéties inattendues, les deux se réveillent en 2505 dans une Amérique totalement différente, où plus personne n’a assez d’intelligence pour a minima maintenir ce qui existait avant ; quant à l’innovation…

Il y a tout, tout, tout dans ce film extrêmement drôle. La prise de pouvoir d’une multinationale qui distribue du « gatorade » (boisson pour sportifs) à la place de l’eau, jusqu’à assécher les cultures, pied de nez à notre société de consommation. La progression de l’abêtissement jusqu’à ce que les instincts primaires (sexe, nourriture, violence, voyeurisme et addiction aux écrans) remplacent tout le reste. Jusqu’à promouvoir aux plus hauts rangs de la nation américaine des personnes que nous considérerions, même pour les plus indulgents d’entre nous, comme des débiles.

Ce qui ajoute au charme du film, ce sont les effets spéciaux bricolés, dignes d’être chroniqués sur le site « Nanarland » (2). Le film est au diapason de son sujet.

Réalisé en 2005, il fait office de prédiction glaçante quand nous voyons ce qui se passe aujourd’hui. Je vous recommande la vision de la Maison Blanche, Président et ministres inclus. Un grand moment qui vous rappellera l’actualité. Et pour l’abêtissement général, si les scènes d’ouverture peuvent vous sembler un peu excessives, regardez ce qui se passe aujourd’hui avec les réseaux sociaux (qui ne sont pas mentionnés dans le film, chronologie oblige). C’est finalement un film plus profond que ce qu’il semble a priori.

Mais c’est surtout une grande « déconnade », où tout le monde s’amuse pour construire un film vraiment hilarant.

FB

(1) Bien que les imaginaires semblent différents au premier abord entre celui de Wes Anderson et ceux des films cités, ils ont en commun la fantaisie débridée et la capacité à sortir des sentiers battus ; il n’est pas étonnant de voir des acteurs s’essayer aux deux genres.
(2) Que je recommande, j’ai été prise de bien des fous rires à les lire (https://www.nanarland.com/).