Décidément l’année 2026 commence bien pour moi sur le plan cinématographique. Après le superbe « Maître du Kabuki » (voir mon article sur ce blog) voici un autre film, espagnol cette fois-ci, bien intéressant.
Nous sommes à Huelva, dans le sud de l’Espagne à la verticale du Portugal. Tigre et Estrella, frère et sœur, sont plongeurs en haute mer, employés pour réparer les tankers qui croisent au large. Un jour, Tigre, pris à la gorge par son ex-femme, qui menace de ne plus le laisser voir ses filles car il n’honore pas le versement de la pension alimentaire, va se hasarder à prélever de la cocaïne dans un des bateaux qui en fait le trafic et mouille régulièrement là. Nous allons assister à cette histoire, en forme de roman noir, où un David voudrait s’en prendre à un Goliath moderne.
Polar acéré, empli de suspense, complexe et haletant, le film nous emporte dans sa spirale inéluctable. Avec deux héros diminués physiquement (je ne vous en dit pas plus) affrontés à une mafia glaçante dans sa violence, nous tremblons pour eux du début à la fin de cette histoire hors-norme.
Les personnages sont très caractérisés, saisis dans toute leur personnalité, forgée depuis l’enfance. Un frère pas vraiment sympathique avec les femmes de sa vie, son épouse et sa soeur, cette dernière se sacrifiant pour les hommes de sa famille, son père puis son frère jusqu’à abdiquer sa vie propre (Bon, je ne vous ferai pas un couplet féministe, mais quand même). Et pourtant les liens du sang sont là et irréductibles. Tellement humains tous les deux malgré la vie qui les a cabossés.
Et puis, nous retrouvons cet art du réalisateur à mettre en scène ce lieu sans agrément aucun a priori, des installations industrielles à perte de vue qui viennent mordre sur la mer, où nous sentons passer les fantômes des migrants tandis que d’immenses navires chargés de biens liés à la circulation des denrées en lien avec le capitalisme mondial frayent au long des côtes.
Il nous montre ici la même capacité à créer d’immenses images somptueuses, souvent zénithales, transformant la laideur en harmonie par la seule puissance de sa caméra. Survolant ces no man’s land industriels, il en extorque toute la beauté, comme il l’avait fait dans un de ses films précédents, « La Isla minima » (2014), où il nous avait fait découvrir les sinuosités naturelles envoûtantes du parc naturel de Doña Ana, à quelques encablures du film dont il est question ici. Nature sauvage d’un parc national versus étendues où tout s’est corrompu, au point que l’eau devient un recel de cadavres et de drogue et où l’homme a façonné des zones industrielles toutes de métal et de béton.
Arriver à réconcilier un polar empli de suspense, avec de vrais personnages et des images absolument magnifiques, ce n’est pas si courant (j’ai pensé aux polars de James Lee Burke, qui avaient cette capacité à créer cette osmose).
Il faut aussi faire mention des deux acteurs principaux, qui habitent leurs personnages avec véracité.
Bref, j’ai beaucoup aimé, pour plein de raisons ☺️ (1)
FB
(1) En plus c’est en Espagne, ce qui n’est pas pour me déplaire.
Actuellement en salle.
