« Moi je veux mourir sur scène, en chantant jusqu’au bout » (Dalida – clin d’œil 😉)
Voilà un grand film romanesque pour bien commencer l’année 2026. Il nous vient du Japon, son auteur est un cinéaste reconnu dans son pays, dont les films raflent régulièrement des prix nationaux prestigieux.
Dans cet opus (国宝, « Trésor national »), la toile de fond est le kabuki, un art ancestral japonais, remontant au XVIIe siècle, fait de chants, de déclamations et de danses, exécutés exclusivement par des hommes.
Ici se trouve le premier intérêt de l’oeuvre, nous nous laissons porter par la beauté étrange de ce théâtre du bout du monde, et, même si nous ne parvenons pas à en saisir toutes les nuances, nous en approchons le mystère et la ferveur. Car nous voyons des vies entièrement dédiées à cette pratique, pour atteindre la perfection du geste de la Demoiselle héron ou de la concubine affligée ; il faut un travail acharné et quotidien pour trouver la posture juste. Regarder ces hommes en train de construire leurs personnages nous plonge au coeur des rouages de la création artistique, et c’est passionnant. Costumes et décors somptueux renforcent cette impression de beauté intemporelle.
Sur cette trame, le cinéaste nous embarque dans une histoire au long cours, qui va se dérouler à Osaka de 1964 à 2014 et met en scène Kikuo, le fils d’un yakusa, qui s’intéresse à l’art kabuki et va être recueilli par un maître de la discipline, Hanjiro après l’assassinat de son père, victime d’un règlement de comptes. En orthogonalité avec les usages, Hanjiro va enseigner le kabuki à Kikuo avec le même entraînement que celui qu’il dispense à son fils, Shunsuke, normalement destiné à reprendre le flambeau après son père. S’ils se produisent au départ en duo (« Toishiro / Hanya », leurs noms de scène), cette complicité va se teinter assez vite de rivalité. Leurs vies vont s’entremêler, chacun prenant à l’autre une partie de sa vie (père, nom, petite amie).
Ce qui affleure ici, c’est le traditionalisme et le sens de l’honneur de cette société, fermée sur elle-même. L’aperçu rapide des codes des clans yakusa, suivi par une plongée en immersion au coeur des maisons de kabuki nous montrent la rigidité sociétale qui entoure les protagonistes, faisant du film le récit d’une transgression sociale ; l’un d’entre eux ira jusqu’à passer un pacte avec le diable, comme un Dorian Gray exotique.
Cette saga de presque trois heures passe comme un souffle, la beauté des moments théâtraux mais aussi un sens de la narration affirmé et des acteurs impeccables, à commencer par l’impressionnant Ryo Yoshizawa (qui joue Kikuo), vous entraîne sans répit jusqu’à la fin.
Je ne sais pas, comme le disent certaines affiches, si c’est le plus beau film que j’aurais vu cette année (j’adore quand elles proclament cela avec une grande certitude dès le mois de janvier 😉), mais il est sûr qu’il me restera en tête.
FB
