Musique/théâtre – Félix FOURDRAIN : Les Contes de Perrault (2025)

Il y a trois semaines, le Théâtre de l’Athénée remettait à l’honneur « Les Contes de Perrault », un spectacle du début du siècle dernier, aujourd’hui tombé dans l’oubli.

Il s’agit en fait d’une « Féerie lyrique », une opérette où il est question de fées et magiciens, composée par un musicien français, Félix Fourdrain, en 1913, au moment où ce genre musical est très prisé du public. Nous sommes dans la période que l’on appelle en France la « Belle Epoque », marquée par une économie en croissance et une stabilité politique inédite depuis longtemps, qui créent les conditions d’une vie artistique créative et débridée, marquée notamment par un développement sans précédent de ce que nous appelons les « arts vivants ».

C’est ce que l’on retrouve dans cette oeuvre, dont l’ambition est d’amuser le public (ce qui est déjà un but très louable), en brodant une trame qui entremêle une grande partie des contes de Charles Perrault. En une intrigue continue, nous verrons en effet passer le Petit Poucet, Cendrillon, le Chat Botté, Riquet à la Houppe, Peau d’Ane, Barbe Bleue, le Petit Chaperon Rouge et la Belle au Bois Dormant, excusez du peu !

Si la forme est classique, quatre actes construits autour de solos, duos ou ensembles plus étoffés de chant, la musique intrigue, car elle nous renvoie à bien des références, à commencer bien sûr par Jacques Offenbach, qui a donné ses lettres de noblesse au genre quelques décennies auparavant (souvenez-vous de « La Belle Hélène » ou de « La Périchole » respectivement de 1864 et 1868). Nous trouvons ainsi dans cette Féerie un air complètement loufoque, l’air du « Bicarbonate de soude », qui vaut son pesant d’or et nous rappelle ceux des oeuvres d’Offenbach (air du « Grill » dans Pomme d’Api, « Couplet des rois » dans La Belle Hélène, ou air « Votre habit a craqué dans le dos » dans La Vie Parisienne, dont je ne peux que vous recommander l’écoute en cas de spleen).

Il y a aussi ici des réminiscences de la musique qui accompagne les films muets de l’époque, mais également quelques accents de la musique française du début du XXe siècle, un soupçon de Satie et de Berlioz qui effleure la partition, et également des citations quelque peu iconoclastes de Tosca (Puccini) ou de Casse-Noisette (Tchaikovsky) ; bref, une véritable fusion musicale, qui vogue sur l’air du temps pour en absorber les tendances.

La partition est ici portée par un orchestre vif et alerte, « Les Frivolités Parisiennes » et des chanteurs tout à fait à leur aise dans le registre, qui jouent leurs rôles avec dynamisme, dans une exagération digne des films muets qui fait naître le rire (nous avons effectivement beaucoup ri).

Et ce n’est pas encore tout, car en plus de cette partition très amusante, de ces chanteurs/acteurs irrésistibles tant dans leur pantomime que dans leur chant, il faut mentionner la mise en scène, les costumes et les décors de la talentueuse Valérie Lesort. Ils nous rappellent que nous sommes en train de feuilleter une version impertinente des Contes de Perrault, leurs couleurs nimbées de paillettes, d’or et d’argent s’ajustent à la féerie du récit et par leur côté en deux dimensions, ils évoquent les pages d’un livre et renforcent le côté onirique des personnages.

Il est des spectacles miraculeux où tout s’agence parfaitement, ce que j’ai vu ce dimanche-là en fait partie, je ne peux que vous recommander de vous précipiter si vous pouvez avoir la chance de voir ce divertissement brillant et qui ne se prend pas au sérieux.

FB