Ne me demandez pas pourquoi, est-ce pour retrouver une Amérique d’avant, comme quand nous l’imaginions de l’autre côté de l’Atlantique, dans toute la noirceur brutale de sa constitution, grands mouvements guerriers de population vers l’ouest et contre les Indiens, que je me suis laissée aller à regarder nombre de westerns.
Je suis fascinée par le genre, hors norme, avec ses codes bien à lui, malgré le fait que les agissements les pires – meurtre, pillage, viol et violences envers les minorités sont tout à fait tolérés, défaisant nos valeurs à grands coups d’Histoire. Et qui nous content en même temps l’héroïsme des gens de l’époque confrontés aux rudesses de leur nouveau pays.
On peut y saisir les performances de bien des acteurs qui ont tenu le haut du pavé dans Hollywood des années 1940/1950, les Joël Mc Crea, James Stewart, Gary Cooper, Robert Mitchum et autres.
Ici, dans cet opus du très prolifique William A Wellman, actif depuis 1920 et à la tête d’une filmographie longue de plus de 80 films, c’est Robert Taylor qui est tête d’affiche. Ah, Robert Taylor, il nous faisait rêver avec son profil parfait, ses magnifiques yeux bleus et son apparence virile… Bon, je m’égare :-). C’est surtout un acteur à la présence incroyable et très magnétique.
Ici, le voilà à la tête d’un convoi de femmes qui se sont portées volontaires pour rejoindre l’ouest et se marier avec les pionniers qui se sont installés là-bas, prêtes à faire le trajet depuis Chicago jusqu’à la Californie dans des conditions plus que sommaires, pour se faire une autre vie.
Cela peut paraître assez sordide au premier abord, nous pourrions imaginer des femmes au désespoir qui se « vendent » dans des mariages arrangés, toute une domination masculine qui se ferait jour ici. Et nous pourrions le lire dans un autre sens, ces pionnières qui n’ont pas froid aux yeux et aspirent à une nouvelle vie dans ces lointains horizons. Si le film n’est pas explicitement inspiré par des faits réels, il l’est implicitement car ces transferts de femmes vers l’ouest des États-Unis ont bel et bien existé.
Dans le genre cinématographique qu’est le western, les femmes ont (comme dans d’autres genres, par ailleurs), la portion congrue. Peu d’héroïnes, si l’on peut citer quelques exceptions, comme la magnifique Joan Crawford dans « Johnny Guitar » (Nicholas Ray, 1954), elles ont peu d’épaisseur, réduites aux femmes-qui-restent-à-la-maison, pendant que Monsieur va se battre (parfois pour elles, certes). Elles sont un accessoire, parfois affriolant, qui traverse la quête du héros.
C’est ici que le film nous prend à rebrousse-poil, une caravane de femmes, cornaquées par quelques hommes (de moins en moins nombreux au fur et à mesure des désertions de certains avec des femmes du convoi), où elles se mettent à des activités dévolues aux hommes, mener les chariots, se servir d’un fusil, creuser des tombes…
Tout cela sous les yeux stupéfaits et admiratifs de Robert Taylor, alias Buck Wyatt, qui n’en revient pas de la résistance de ces femmes. Lui, le guerrier solitaire, va se faire prendre au jeu des sentiments.
C’est un film au cordeau, âcre comme la poussière qui jalonne le trajet de ces aventurières, mais également plein de bienveillance pour ces femmes qui vont au bout du monde pour poursuivre le rêve d’une vie meilleure.
J’ai lu que le cinéaste était un homme sensible aux injustices sociales ; ici il s’appuie sur un scénario de Frank Capra, lui aussi fervent défendeur des opprimés et sans classe. Cela donne ce magnifique film, qui fait partie de mon panthéon personnel.
A voir absolument.
FB

Mais, il faut les citer ces femmes formidables qui sont dans le film ! A commencer par la française Denise Darcel qui vole la vedette au Taylor. Wellmann était un très grand de Hollywood. De la stature d’un John Ford mais, va savoir pourquoi, son nom n’a pas marqué autant. J’adore ses films, beaucoup de films sociaux en effet, à l’époque dite pré-code, où tout était encore permis (ou presque). Il raconte les affres des gens frappés par la crise. Je recommande le superbe « wild boys of the road ». Ce vétéran de la Grande Guerre a aussi beaucoup tourné de films d’aviation, c’est d’ailleurs par là qu’il s’est fait remarqué, avec « Wings », couronné du tout premier Oscar je crois, et dans lequel on trouve un tout jeune Gary Cooper… Je pourrais en parler longtemps, j’adore les films de Wellmann. Et j’aime beaucoup « Convoi de femmes ».
Merci pour ce formidable article qui a réveillé ma passion pour ce réalisateur.
Merci beaucoup pour ton commentaire, je vais suivre tes conseils !
Bonsoir, j’ai vu le film que tu recommandais, wild boys on the road excellent et aussi, tant que j’y étais, la Rose de minuit et « The purchase price ». Quel plaisir, je vais chroniquer le dernier. Merci beaucoup, plein de pépites à découvrir.
merci pour ce partage . Qui une fois encore nous met l’eau à la bouche si je puis dire . Sur quelle plate forme peut on le voir ?
Je l’avais enregistré ; sur Allociné, ils citent « Filmo », « La cinetek » et « Univers ciné ».