Encore un film sur la Shoah, qui vient nous rappeler cet épisode si noir de l’histoire européenne du XXe siècle, une oeuvre salutaire à l’ère de la mémoire courte, de la désinformation et des conflits teintés de religion qui hantent la planète.
Michel Hazanavicius, ce caméléon du cinéma, qui n’est jamais où on l’attend et prend bien des libertés avec le septième art depuis les fameux « OSS 117 » (2006 et 2009), nous surprend ici avec une oeuvre graphique (quel dessinateur !).
Je ne peux m’empêcher de penser que c’est un film très personnel, même s’il est adapté d’un livre de Jean-Claude Grumberg (lui-même marqué dans son histoire familiale par la déportation de ses parents et grands-parents), car il vient d’une famille juive lituanienne et polonaise, installée en France dans les années 1920.
La Shoah (mot hébreu signifiant « anéantissement ») est un événement majeur de l’histoire européenne du XXe siècle, qui a vu disparaître les deux tiers des Juifs présents sur le territoire, six millions de personnes assassinées dans des conditions plus que sauvages. Il est difficile maintenant d’aborder le sujet de manière frontale, tellement il excède notre vie quotidienne. Les cinéastes courageux qui veulent éviter l’effacement de la mémoire, le font de manière détournée, ainsi Laszlo Nemes avec « Le fils de Saül » (2015), où les violences en arrière-plan de l’histoire principale sont floutées, où encore « La zone d’intérêt » de Jonathan Glazer (2023), qui se focalise sur la vie quotidienne de Rudolf Höss, le commandant du camp, faite de luxe, calme et volupté, avec en contre-champ, les bruits de cet holocauste en action.
Il est d’ailleurs intéressant de voir combien on peut montrer l’ultra-violence au cinéma, avec toujours plus de réalisme gore et combien nous ne pouvons l’affronter quand elle est réelle et advenue.
Pour revenir au propos du film, nous sommes a priori en Pologne, où un couple de bûcherons vit une vie frugale faite de labeur, quand, un jour d’hiver, l’épouse trouve un enfant dans la neige, jeté depuis l’un de ces trains de marchandises qui traversent régulièrement la forêt. Elle va se faire, envers et contre tout, mère de substitution.
Au travers de ce court opus d’1h20, le cinéaste nous permet de saisir bien des choses sur le drame qui se joue, l’hostilité des populations autochtones envers les Juifs, le vrombissement inhumain de ces convois qui traversent la nuit glacée, l’horreur des camps, les gestes héroïques de certains face à la situation.
L’animation est magnifique, comme déjà évoqué, l’art de dessinateur du réalisateur est plus qu’à la hauteur du propos, je me souviendrais longtemps de ces figures dignes d’Edvard Munch (« Le cri »).
J’ai un seul bémol, la fin m’a laissée un peu perplexe, fallait-il vraiment aller jusque-là ? (Je ne dévoilerai rien, vous me connaissez).
Ce film sensible et réussi m’a donné envie de revoir « Shoah » de Claude Lanzmann, j’espère que cela fera le même effet à beaucoup.
FB
