Un nouveau maître vient de rejoindre la paire inénarrable Plonk & Replonk, dans mon panthéon personnel d’humour suisse, il s’agit de Claude Baechtold, qui nous livre un film très personnel, réalisé à partir de rushes tournés en 2002, égarés ensuite et retrouvés très récemment (cette anecdote, en elle-même incroyable, est au diapason de l’oeuvre).
Cette année-là, son ami, le journaliste Serge Michel, déjà titulaire du Prix Albert Londres pour un reportage sur l’Iran, le convainc de l’accompagner en Afghanistan pour refaire le périple accompli par l’aventurière suisse Ella Maillart en 1939, une boucle de deux mille kilomètres dans le pays. Ce voyage aventureux doit donner lieu à un reportage au long cours pour « Le Figaro ». Claude Baechtold finit par accepter et se voit nanti d’une fausse carte de presse puis d’un camescope acheté à Kaboul, pour jouer les reporters. Sur place, les deux comparses s’adjoignent un photographe professionnel, Paolo Woods. Le film est le récit de l’aventure de ce trio, il nous raconte à la fois ce pays martyre, qui vient de subir trois décennies de violence, et les liens qui s’installent entre les trois protagonistes.
2002, c’est juste après l’attentat du World Trade Center, les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan et défait fin 2001 les Talibans qui refusaient de livrer Ben Laden. Le pays est ravagé, aux mains de factions ; chefs de guerre, bandits, Talibans se sont accaparé des pans de territoire qu’ils mettent en coupe réglée.
C’est dans ce contexte que nos trois « héros » vont prendre la route, déjouant les parcours tout tracés proposés aux reporters (par les Américains), pour aller voir les populations locales et les écouter (ils noteront d’ailleurs combien les habitants sont désireux de parler).
Ne vous attendez pas à un documentaire sérieux ou misérabiliste, ce serait sans compter avec la joie de vivre de ces populations, qui bien qu’ayant passé au travers de nombreux conflits et ayant vu leur vie quotidienne altérée, parfois dévastée, gardent le sourire et accueille chaleureusement les étrangers dans la majorité des cas.
Il peut sembler étrange de faire un film drôle sur l’Afghanistan, et pourtant… Au travers de ces portraits saisis sur le vif, l’humour sert ici à rendre leur humanité aux personnes rencontrées (sans préjuger du fait qu’ils sont bons ou méchants), il perce leur carapace d’archétypes pour les mettre tous sur un pied d’égalité, comme des hommes qu’ils sont (Et oui, vous vous en doutez, peu de femmes ici, absentes en paroles et très peu présentes en images). Et c’est formidable.
Le principe comique principal (et irrésistible) du film, c’est d’être un film de potes (« buddy movie »), ici saisis avec tendresse, dans leurs maladresses, leurs travers, leurs bons et leurs mauvais moments. Le film abrite ici des moments hilarants comme par exemple la (prétendue ?) rivalité entre Paolo et Claude. Le narrateur n’est pas en reste, se décrivant comme un névrosé et faisant preuve d’une bonne dose d’autodérision envers lui-même.
Et c’est aussi un chemin initiatique pour lui, son séjour au bord de la rivière « Riverboom », croisée dans la dernière partie du voyage, restera un moment essentiel dans sa vie.
Je ne peux que vous encourager à vous précipiter au cinéma.
FB

