A Pierre, mon libraire et ami
Etant une grande lectrice, je sais toute l’importance de connaître une librairie où l’on se sent bien, j’ai trouvé la mienne à Paris en 2009, « Les Arpenteurs », dans le IXe arrondissement et je lui suis fidèle depuis (je recommande vivement).
A Pékin, il existe une librairie française, très intéressante, mais qui a fermé longtemps pendant cette période interminable de la politique 0-Covid, si bien que je me suis rabattue sur ma liseuse, en téléchargeant des ouvrages.
Mais tout cela ne remplace pas le plaisir d’arpenter l’espace des rayons, d’effleurer les couvertures prometteuses et de feuilleter quelques pages d’un livre qui nous donne envie.
C’est pour cette raison que je suis allée visiter, aux quatre coins de la capitale, ces librairies chinoises, sans caresser l’espoir d’acheter un ouvrage (ils sont tous en chinois), mais pour refaire connaissance avec ces endroits magiques où l’on peut rêver en paix.
Zhongshuge 钟书阁
Cette librairie fait partie de la chaîne du même nom et a été imaginée par le Cabinet d’architectes de Shanghai X+Living. Créé en 2011, de renommée internationale, il a conçu des espaces pour ces librairies dans plusieurs villes de Chine, Shenzhen, Ningbo, Chongqing, Guiyang, Chengdu… (je vous invite à aller voir leurs réalisations sur internet). Pour la fondatrice du cabinet, Li Xiang, il s’agissait de ré-enchanter ces lieux, qui avaient fermé les uns après les autres dans les années 2010/2013 et de concevoir des espaces qui seraient, outre leur utilité intrinsèque, des lieux à visiter et dans lesquels s’attarder.
La librairie a vu le jour en mai 2020, elle occupe 1100 m² au sous-sol des Galeries Lafayette à Xicheng, un très chic quartier de l’ouest de Pékin.
Dès que vous pénétrez dans la librairie, vous savez que vous êtes dans un lieu d’exception. Tout un jeu de labyrinthes sinueux vous accueille, réfracté par les miroirs du plafond.
Avec des mises en abyme de spirales que n’aurait pas reniées Moebius. Et qui permettent de casser l’espace, de créer des points de vue sans cesse nouveaux au fur et à mesure que vous avancez, comme lorsque vous parcourez les pages d’un livre.
Cette architecture s’inspire des ouvertures rondes que vous trouvez souvent en Chine dans les jardins, la preuve en trois images ci-dessous.
Pour que visiteurs et clients puissent profiter des points de vue, des lieux de repos on été aménagés au long de ces couloirs sophistiqués, comme de petits endroits intimes qui ponctuent l’espace.
La salle de lecture est lumineuse, toute de blanc et de miroirs vêtue. Les piliers de bois clair, la disposition erratique des sièges crée comme un effet de merveilleux. L’espace est multiplié à l’infini par ces réflexions, c’est magique.
Et puis, cette architecture de l’espace, spectaculaire, comme ici, où les présentoirs s’achalandent le long d’une allée centrale dans la partie jeunesse.
Pour finir un clin d’oeil. Comme vous le verrez par la suite, les oeuvres de Xi Jin Ping se doivent d’être en tête de gondole dans chaque librairie. Quel étonnement de le voir affronté à Elon Musk ! Toute une géopolitique en forme de littérature.
Mofangshuju 模淓书局
A l’orée d’un quartier de hutong, ces habitats populaires traditionnels de Pékin, la librairie occupe une ancienne église anglicane du début du XIXe siècle. A voir (ou plutôt admirer) la façade, nul ne se douterait de la profonde reconversion de ce bâtiment.
C’est avec un soin extrême que les boiseries, les vitraux et les sols ont été restaurés puis embellis par l’ajout de petites touches comme ces luminaires design et ce mobilier de bois.
Tout est fait ici pour exalter la beauté plastique de l’ensemble, nous sentons que même les livres ont part à cette esthétique, plus encore que dans la librairie précédente. Ainsi, pour l’image qui suit, nous pourrions parler de mise en scène spectaculaire d’un piano vêtu de velours rouge, sur fond de livres.
Demeure ici l’idée d’offrir aux visiteurs/clients d’agréables espaces pour se poser le temps de quelques pages ou d’un café.
Et parmi tous ces objets qui décoraient le lieu, j’ai retrouvé avec une certaine émotion l’un de ces meubles pour fiches que j’ai tellement utilisés pendant mes études.
Xiyuetang 熹阅堂书馆书店
Une ancienne usine à 30 minutes de vélo au sud de Chang’An abrite maintenant un lieu culturel de 4000 m² aux activités multiples, salle d’exposition, café, boutique et librairie.
Ici nous sentons que l’espace a été utilisé de manière pragmatique, utilisant la chaleur du bois et de discrets luminaires pour construire un lieu simple et chaleureux.
Le café vous permet d’agrémenter votre lecture d’une boisson ou d’un snack.
Mais alors, où réside l’intérêt architectural de cette librairie, me direz-vous ? Et bien dans cet escalier spectaculaire de couleur blanche, placé au centre de l’espace et encore magnifié par un plafond couvert de miroirs, qui relie le rez-de-chaussée à l’étage et au sous-sol, conçu comme le symbole du chemin de la connaissance.
Au sous-sol se trouve une bibliothèque de prêt, qui peut également recevoir des dons de livres.
A l’étage supérieur, des salles d’exposition permettent de voir des pièces anciennes magnifiques (à vendre) dans un décor très raffiné.
Quanmin Changdu 全民畅读艺术馆
La dernière des librairies que j’ai visitées se trouve dans l’ouest de Pékin, à côté de la station de métro Babaoshan 八宝山, elle fait partie d’un ensemble d’installations, commerces, bars et restaurants situé dans un parc.
Cette librairie joue la modestie à l’extérieur, ne serait-ce cette affichette qui vous invite pour un temps de lecture et de snack.
A l’intérieur, c’est chaleureux et hype, des structures métalliques post-ère industrielle surplombent l’ensemble, créant un grand espace structuré par les étagères et les lieux de lecture, repos et repas !
Au milieu, vous pouvez profiter d’un espace ouvert en forme de micro-jardin pour lire aux beaux jours.
Tout cela m’a paru bien occidental, ne me demandez pas pourquoi.
Sûrement parce que ces surfaces industrielles ont été largement exploitées là-bas. Nous voyons ici la même idée avec de beaux résultats.

Après avoir vu ces lieux vraiment impressionnants, où j’ai été un visiteur extérieur, ne songeant pas à acquérir des livres faits de cette langue que je maîtrise si peu, je me suis interrogée sur la raison de leur existence. Bien sûr j’ai vu là des lecteurs, souvent confortablement installés, mais aussi pas mal de personnes prenant des selfies dans ces décors d’exception.
Quand nous connaissons la propension des Chinois à poster sur les réseaux sociaux, comme une existence qui transcenderait leur vraie vie, je me suis demandée si ces librairies nouvelles n’essayaient pas de capter cette tendance en offrant simplement des décors. Car c’est devenu ici comme une urgence vitale de poster sur WeChat tous les moments de sa vie pour impressionner ses followers.
Il paraît cependant que tous les ans 40.000 nouvelles enseignes sont créées en Chine. Sur 2021, le nombre était même en croissance de 6%. Bien plus d’ouvertures que les 10.000 fermetures annuelles.
Espérons que cette tendance se confirme et souhaitons longue vie à tous ces établissements de salut public.
FB

































Même les livres ont leurs temples en Chine ! C’est magique et magnifique.