Tibet – Le train le plus haut du monde (2023)

Et voilà, ce sera peut-être mon dernier voyage ici, aller voir le Tibet est un rêve pour beaucoup d’entre nous et j’ai décidé de franchir la distance entre le rêve et la réalité.

Pour commencer en beauté, j’ai décidé d’emprunter ce célèbre train qui vous amène de Xining (province du Qinghai) à Lhassa en 22 heures, traversant le plus haut plateau du monde. J’avais une condition que j’ai posée à l’agence de voyages (comme je l’expliquerai dans un article ultérieur, il est impossible de voyager au Tibet sans un guide, donc il est impératif de passer par une agence), soit réserver les quatre couchettes du compartiment pour être seule, je me préparais à un voyage contemplatif, sans subir les visionnages de vidéo – avec son à fond- de mes voisins (j’ai pris bien souvent des trains en Chine et je sais de quoi je parle). Je voulais être dans mon silence à moi, pour apprécier ce long cheminement dans ce pays que je ne connaissais pas.

Je pars de Xining, en haut à droite, pour Lhassa

Après un vol Pékin-Xining sans encombre, je n’ai vu de cette ville que le trajet jusqu’à la gare, effectué en taxi avec un chauffeur de l’ethnie Tu 土, qui m’expliquait par exemple que les minorités n’avaient pas été affectées par la Politique de l’enfant unique – il avait quatre enfants et s’en réjouissait. A la gare, je retrouve la même architecture que partout en Chine, voilà de quoi ne pas déconcerter le voyageur : sur les côtés, les portes « d’embarquement », à l’étage supérieur des restaurants (où j’ai dégusté d’excellentes nouilles dans un restaurant musulman) et au milieu des sièges à perte de vue où s’affalent des voyageurs dans l’attente.

Et voilà, je vous montre la gare de Xining, ainsi vous avez un aperçu des gares chinoises, qui sont toutes à l’identique

En montant à bord du train, je jubile. Tout ce temps immobile qui m’attend, un moment hors du monde, je repense au Transsibérien que j’avais emprunté en 2018 de Vladivostok à Moscou, un des plus beaux voyages que j’ai jamais fait.

Le train qui m’attend
Mon espace de vie pour les prochaines heures – notez la bouilloire, comme dans les trains russes, il est possible de s’approvisionner en eau chaude dans le compartiment

J’ai croisé dans le train les premiers touristes venus directement d’Europe, quatre jeunes Belges ; c’était un peu étonnant pour moi, qui vit dans ce pays fermé depuis trois ans au reste du monde… La normalité revient, c’est une bonne chose.

La journée du lendemain, après un réveil relativement matinal, a consisté à regarder le paysage défiler, au fur et à mesure que nous nous élevions dans les hauteurs (vous excuserez la qualité des photos, prises au travers d’une vitre pas vraiment propre), en buvant du thé, ce thé noir du Yunnan que j’adore.

Les vues sont éblouissantes, tant le ciel qui n’en finit pas de tourmenter les nuages, que les montagnes ourlées de neige (je pense qu’elles culminent à plus de 7000 mètres, vu que nous sommes pour la majorité du trajet à plus de 4000 mètres).

Il faut savoir que la voie ferrée suit le tracé d’une route ouverte sous Mao, qui a atteint Lhassa en 1954 (je ne vous dis pas à quel coût humain, vu les conditions ici, encore quelque chose qui restera dans le non-dit). L’actuelle voie ferrée, achevée en 2006, s’élève jusqu’à 5072 mètres, lors de la traversée des Monts Tanggula, et pour la majorité de son trajet, repose sur un sol gelé, ce qui demande un entretien permanent durant les périodes chaudes de l’année (imaginez que l’on a construit des chambres hyperbares pour les ouvriers qui construisaient les voies et des systèmes de refroidissement des voies). Le train peut être écologique, mais pas toujours…

Dans mon voyage immobile, je croise de très nombreux camions (ou plutôt, ils croisent le train), qui font l’aller-retour pour emporter et rapporter marchandises. Il est très étonnant de voir ces énormes véhicules arpenter ces contrées sauvages et désolées, ils amènent comme un petit bout de civilisation incongrue ici.

Avec les monts enneigés à l’horizon
Devant un avant-poste

Cheminer à une telle altitude n’est pas anodin. Il est conseillé de bien s’hydrater pour éviter le mal d’altitude, dû au déficit d’oxygène, qui se manifeste par des maux de tête, un sommeil irrégulier, voire pire. Dans le train, tout est prévu, vous pouvez acheter des bouteilles d’oxygène et le conducteur a une arme secrète…

En tibétain, chinois et anglais, clair !

J’avoue ne pas être sujette à ce mal (j’ai le vertige, on ne peut pas tout avoir !). Donc je suis restée à la fois stoïque et sereine, capable de me consacrer à tous ces paysages étrangers. Ce qui m’a frappée ici est la ressemblance avec mon pays en ce qui concerne le climat. La région est extrêmement sèche, comme Pékin et les couleurs des montagnes sont très similaires, un brun presque poussiéreux.

Avec une forteresse à moitié détruite dans le soir qui tombe

Et pourtant, j’ai croisé ces lacs à l’eau bleue ou verte, qui étendaient leur nappe sous les volutes des nuages.

La faune est très inhabituelle, des troupeaux d’antilopes sauvages qui paissent sur le plateau.

Et puis les yacks, que j’ai déjà vus à Shangri-La, qui sont les bovins d’ici, dont on tire le lait et tous les dérivés, beurre et fromage, ainsi que la viande.

Certains sont mâtinés de blanc

Et nous nous demandons où sont les hommes, j’aurais croisé bien peu d’habitats humains dans mon parcours.

Des maisons toutes identiques, en forme de programme immobilier bien chinois

J’en verrai, des montagnes enneigées, pour me rappeler que je suis quand même à une altitude impressionnante, ces géantes me surplombent du haut de leur 7000 mètres et plus.

Les Monts Tanggula

J’ai également croisé le même train que le mien, lors d’un arrêt en pleine voie.

Et puis, au hasard de la route, ce train transportant des dizaines de blindés, dont j’ai pu capter (mal) l’image de l’un d’entre eux… Je verrai ensuite à Lhassa combien le pays est un des points chauds de la planète.

C’était un voyage merveilleux, je n’ai pas vu le temps passer, occupée à regarder les images qui passent en forme de nuages ou de pics enneigés. J’ai sûrement fait un voyage bien plus reposant qu’Alexandra David-Neel (dont j’ai dévoré la biographie), cette femme exceptionnelle, qui a été la première étrangère à pénétrer au Tibet dans les années 1930, après un voyage à pied.

Et pourtant, je pense avoir ressenti certaines choses en commun avec elle, une attraction pour ces paysages hors du commun, bien sûr avec bien des différences entre nos deux périples.

FB